Huit membres de l'ONG, dont quatre étrangers, ont été arrêtés. Ils sont accusés d'avoir collecté et transmis des informations sensibles à des puissances étrangères.
Les personnes arrêtées sont un Français, un Franco-sénégalais, un Tchèque, ainsi qu'un ressortissant malien et quatre burkinabè. Elles sont toutes accusées "d'espionnage et de trahison".
Le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, qui a annoncé ces arrestations lors d'une conférence de presse, explique que malgré la suspension, le 31 juillet, des activités de l'ONG Inso, certains de ses employés ont continué de mener des activités telles que des collectes d'informations à caractère militaire.
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"Les investigations ont révélé qu'Inso, avec l'aide de certains de nos compatriotes, parvenait à recenser soigneusement les itinéraires, les mouvements et la composition des convois militaires et de ravitaillement des villes. Elle répertoriait systématiquement les moyens militaires déployés pour sécuriser un convoi donné. L'ONG dénombrait le nombre de victimes après une attaque. Dans ces actions illicites, Inso parvenait à s'informer sur le mouvement des terroristes dans certaines localités puis dénombrait et photographiait les victimes, après le passage des terroristes dans ces localités."
Le ministre burkinabé de la Sécurité a précisé que l'affaire était, désormais, entre les mains de la justice. Les huit employés sont accusés d'espionnage et de trahison.
Inso rejette ces accusations
Joints par la DW, ni Inso, ni aucune autre agence humanitaire n'ont pour l'instant souhaité s'exprimer sur la question. Le sujet est très sensible estiment nos interlocuteurs.
Mais, dans une déclaration publiée sur son site internet, Inso rejette ces accusations d'espionnage et se dit déterminée à obtenir la libération de tous ses employés arrêtés.
L'ONG précise qu'elle est spécialisée dans la collecte d'informations de terrain pour appuyer les humanitaires.
"À ce titre, nous collectons, analysons et diffusons des informations aux acteurs humanitaires. Ceci est fait exclusivement dans le but de protéger les humanitaires. Les informations que nous collectons ne sont pas confidentielles et sont largement connues du public", dit Inso."Les autorités burkinabè étaient, et restent, pleinement informées de nos activités et de notre mandat. Nous opérons au Burkina Faso depuis 2019, suite à des demandes de soutien aux ONG présentes dans le pays. Associer notre travail de renforcement de la sécurité des humanitaires à des activités de renseignement est non seulement faux, mais ne fera qu'accroître les risques pour les travailleurs humanitaires", ajoute par ailleurs l'ONG.
Des dizaines d'ONG dans le viseur du pouvoir militaire
L'arrestation des huit membres d'Inso marque un nouvel épisode dans la politique de fermeté du régime militaire envers les acteurs étrangers opérant sur son territoire.
Entre juin et juillet dernier, les autorités burkinabè ont révoqué l'autorisation d'exercer de 21 ONG et suspendu dix autres associations pour une durée de trois mois.
En août, c'est la coordinatrice résidente de l'Onu, la Mauricienne Carol Flore-Smereczniak, qui était déclarée "persona non grata" pour sa "responsabilité" dans un rapport jugé accablant pour l'armée accusée de "violences contre des enfants".