« Andry Rajoelina a beau vouloir calmer le jeu, les manifestations ont repris de plus belle. Depuis mardi (Ndlr : 30 septembre 2025), les contestataires semblent en effet être passés à une vitesse supérieure et ont même investi un quartier central d'Antanarivo qu'ils n'avaient jamais pu atteindre depuis le début des échauffourées qui ont déjà fait une vingtaine de morts, sans oublier les pillages généralisés qui ont suivi.
Désormais, la Gen Z scande à tue-tête, «Rajoelina dégage» (Miala Rajoelina). Et pourtant, au début, c'était pour se plaindre des coupures d'eau et d'électricité », campions-nous le décor dans notre édito du jeudi 2 octobre dernier, pour tirer la sonnette d'alarme sur la situation explosive à Madagascar.
Dès lors, le président a beau vouloir montrer des signes d'apaisement que rien n'y fait. Tout a commencé par la dissolution du gouvernement, mais les jeunes gens ont scandé à tue-tête que c'est lui-même, le chef de l'Etat, qui est le problème. Lundi dernier, il fait sortir la carte militaire, choisissant un général de l'armée de terre, Ruphin Fortunat Zafisambo, comme Premier ministre, dans le secret espoir que ce dernier pourrait rétablir l'ordre public.
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Une manière pour Rajoelina de se rapprocher de la grande muette pour reprendre la main. Un haut gradé qui aux yeux des manifestants fait partie du système et qui justement doit être tout aussi éjecté. Cette nomination n'a donc pas suffit pour calmer la grogne. Dialogue de sourds qui ne veulent pas se tendre la main.
Conséquence, l'ultimatum lancé par la jeunesse qui porte le mouvement à travers la GEN Z, qui était fixé au 8 septembre le soir pour que le président satisfasse à une liste de revendications, a donc expiré. Aujourd'hui, c'est une journée lourde de tous les dangers qui s'annonce, devant des manifestants très organisés et très actifs sur Internet. Née dans les années 2000 en plein boom numérique, la génération Z s'affirme aujourd'hui comme une force de mobilisation politique qui transcende les frontières, avec son propre langage et ses propres codes. En plus compliqué pour le pouvoir de Rajoelina, cette GEN Z a pu rallier à sa cause les syndicalistes et les politiciens.
Une chose est sûre : la musique de l'ancien DJ et chanteur que fut le président de la Grande Île ne fait plus danser les Malgaches. De plus en plus, il perd la bataille de la rue. Et en Afrique, on sait comment ça se passe quand ce genre de situation s'enlise. Avec des mouvements souvent spontanés et sans leaders, c'est souvent bonjour le chaos, ou, les moindres maux, ouvrir les portes du pouvoir à des politiciens très opportunistes ou à l'armée qui pourrait se sentir obligée d'entrer dans la danse.