Cameroun: Présidentielle 2025 - Tchiroma, Bello et l'illusion d'une opposition fragmentée

9 Octobre 2025
opinion

À quelques jours du scrutin présidentiel du 12 octobre, la scène politique camerounaise est en ébullition. Mais derrière les discours enflammés et les meetings spectaculaires, une réalité dérangeante persiste : l'opposition camerounaise, composée de onze candidats, peine à offrir une alternative cohérente et unifiée face au système en place. Et au coeur de cette cacophonie, deux figures du Grand Nord, Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maïgari, cristallisent les tensions.

Issa Tchiroma, candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), s'est récemment illustré par une sortie médiatique controversée sur Équinoxe TV. Dans un ton arrogant devenu sa signature, il s'est autoproclamé « poids lourd de l'opposition », reléguant son ancien collègue Bello Bouba au rang de « poids très, très léger ». Une déclaration qui a fait bondir les barons de l'Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), qui revendiquent un ancrage territorial bien plus solide, une implantation locale éprouvée et surtout une capacité réelle à sécuriser les voix grâce à une couverture nationale de bureaux de vote.

Cette joute verbale entre deux figures du Nord révèle une fracture plus profonde : l'incapacité des candidats de l'opposition à construire une plateforme consensuelle. Malgré les appels répétés à une coalition, aucun accord n'a émergé. Parmi elles, celle du roi Sokoudjou Jean-Rameau, chef traditionnel de Bamendjou, résonne avec une gravité particulière.

Figure respectée et témoin des luttes pour l'indépendance, il a lancé un appel solennel à l'unité : « Entendez-vous pour faire partir Biya. Il suffit que vous vous entendiez pour mettre une seule personne devant Biya. Lui-même, il va aller se reposer sans qu'on ne le lui demande. » Ce message, relayé par plusieurs médias, incarne l'exaspération d'une société civile qui voit l'opposition répéter les erreurs de 1992, 2004 et 2018.

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Dans ce contexte, la posture de Tchiroma interroge. Son programme, articulé autour de six piliers - de la réconciliation nationale à un nouveau code de la nationalité pour les camerounais résident à l'étranger - séduit certains, mais son refus d'assumer son bilan ministériel et ses attaques contre ses concurrents brouillent son message. « Le ministre n'est pas comptable devant le peuple », a-t-il lancé, esquivant toute responsabilité sur ses années au gouvernement. Une pirouette qui renforce les doutes sur sa sincérité.

Pendant ce temps, Bello Bouba, discret mais stratégiquement implanté, mobilise ses réseaux. Son parti, l'UNDP, dispose d'une infrastructure électorale robuste, capable de surveiller le processus et de défendre ses suffrages. Mais sans alliance forte, même cette force reste isolée.

Le spectre d'un « Biya sans Biya » hante les esprits. Tant que Tchiroma et Bello ne s'unissent pas, ils risquent de devenir les figurants d'une alternance factice. Et tant que les onze candidats ne s'accordent pas sur une vision commune, l'opposition camerounaise continuera de courir après un pouvoir qu'elle refuse de conquérir ensemble.

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