Le Burkina Faso a rejeté avec fermeté une proposition des États-Unis visant à accueillir des expulsés américains sur son sol. Le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a qualifié cette offre d'« indécente », estimant qu'elle bafouait les valeurs de dignité portées par le chef militaire du pays, le capitaine Ibrahim Traoré. Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes, marquée par la suspension récente de la majorité des services de visa par l'ambassade des États-Unis à Ouagadougou.
Ce refus burkinabé contraste fortement avec la stratégie mise en oeuvre par l'administration Trump, qui a conclu des accords de déportation secrets avec plusieurs nations africaines. Depuis juillet 2025, plus de 40 personnes expulsées des États-Unis ont ainsi été envoyées vers le continent, selon des organisations de défense des droits humaines. Des pays comme l'Eswatini, le Ghana, le Rwanda et le Soudan du Sud ont accepté de devenir des pays tiers d'accueil pour des individus dont ce n'est pourtant pas la nationalité .
Ces transferts opaques, facilités par des incitations financières américaines, soulèvent de graves questions en matière de droits des migrants. Le cas de l'Eswatini est particulièrement éloquent : en échange d'une enveloppe de 5,1 millions de dollars destinée à renforcer ses capacités de gestion frontalière, le royaume s'est engagé à accepter jusqu'à 160 déportés.
Les premiers arrivants, originaires de Cuba, du Vietnam, du Yémen, de Jamaïque et du Laos, ont été placés dans l'établissement pénitentiaire de Matsapha, où leurs conditions de détention sont dénoncées comme étant très dures et où l'accès à un avocat est restreint .
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
La position du Burkina Faso résonne donc comme un acte politique fort. Alors que d'autres gouvernements africains sont devenus les partenaires d'une politique américaine d'externalisation des expulsions, Ouagadougou rappelle que la dignité humaine ne saurait être monnayée. Ce refus interroge également sur l'efficacité et l'éthique d'un système qui consiste à délocaliser le traitement des migrants dans des pays souvent instables ou répressifs, au risque d'exposer les personnes à des violations de leurs droits fondamentaux .