Madagascar: Crise politique au pays et en France - Mêmes problèmes mais pas mêmes solutions

Pas plus tard que dans notre édition de jeudi dernier, on se demandait si l'Armée n'allait pas finir par enter dans la danse. Ce n'est peut-être pas tout à fait le cas pour l'instant mais l'évolution de la situation à Madagascar semble virer au kaki, deux semaines après le déclenchement des manifestations portées par la GEN Z.

Le président malgache à beau multiplier les concessions, faisant démissionner son gouvernement, éjectant son Premier ministre pour nommer un autre, un général, mais rien n'y fait. Et même que les choses vont de mal en pis. Samedi passé, l'affaire a pris un tournant avec la présence de militaires parmi les manifestants et même qu'une unité, la Capsat (unité stratégique chargée des munitions de l'armée), a appelé à la désobéissance pour protéger les civils. Il n'en fallait pas plus pour que Rajoelina crie dans un communiqué à « une tentative de prise de pouvoir illégale et par la force contraire à la Constitution et aux principes démocratiques.

A l'heure où nous traçons les lignes, on ne sait pas si l'affaire est consommée mais la menace est réelle. Comme ça s'est souvent vu dans de nombreux pays, notamment lors du Printemps arabe ou au Soudan, l'armée semble vouloir surfer sur la vague contestatrice qui déferle sur la Grande île pour jouer les arbitres. Ce ne serait donc pas étonnant de voir ceux qui sont à l'origine de la contestation floués de leur victoire puisqu'ils auront tiré les marrons du feu pour que les soldats les ramassent.

Et c'est bien souvent là la différence entre nos Etats et les pays de vieilles traditions démocratiques. Regardez ce qui se passe en France. On ricane volontiers de la tragi-comédie politique qui se joue sur les bords de la Seine où le président Macron collectionne les premiers ministres sans parvenir à sortir du tourbillon dans lequel il est empêtré.

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Le dernier acte en date, Sébastien Lecornu, Premier ministre qui a démissionné le 6 octobre a fini par être reconduit à son poste, preuve s'il en est de la situation bien délicate dans laquelle se trouve le locataire de l'Elysée. Et si l'ancien et nouveau fusible qu'est Lecornu est définitivement grillé, le président français n'aura d'autre choix que de dissoudre de nouveau l'Assemblée nationale, faute de démissionner lui-même comme il se refuse à le faire.

Le bateau français donc tangue entre de nombreux récifs politiques mais ce n'est pas là-bas qu'on verra un militaire sortir du rang pour siffler la fin de la récréation. Les institutions sont suffisamment solides pour amortir n'importe quel choc politique et c'est à cela que les pays africains devraient travailler, à l'image du Sénégal qui est une des rares exceptions.

Dieu seul sait si le pays de la Teranga a souvent flirté avec l'abîme ces dernières années avec le nombre de vicissitudes politiques qu'il a connu, mais l'armée n'en a jamais fait un prétexte pour entrer sur la scène politique. Tout au plus a-t-elle fait de discrètes mais fermes pressions sur les dirigeants pour les obliger à rester républicains. Ce n'est hélas pas le cas de Madagascar.

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