Cameroun: Le RDPC prépare un recours devant le conseil constitutionnel, vers un bras de fer politique

16 Octobre 2025

Depuis le scrutin du 12 octobre 2025, le paysage politique camerounais traverse une tension inédite, alors même que les résultats officiels ne sont pas encore proclamés. L'ancien ministre Issa Tchiroma Bakary revendique une victoire écrasante, alimentant une défiance envers le pouvoir en place, le RDPC. Ce dernier, dans une stratégie soigneusement orchestrée, se prépare à saisir le Conseil constitutionnel pour contester le processus, dans ce qui pourrait devenir un nouveau moment charnière de la démocratie camerounaise.

La démarche du RDPC s'inscrit dans un contexte de crise électorale aggravée par des accusations de fraude massives, de falsification de procès-verbaux et de manipulations au sein de l'administration électorale. La contestation s'intensifie tandis que le Conseil constitutionnel, souvent perçu comme le « juge ultime » du scrutin, se retrouve au coeur d'un dilemme : entériner les résultats présentés, ou se positionner en garde-fou d'un processus démocratique fragilisé.

La stratégie du RDPC repose sur un double registre : d'une part, argumenter juridiquement sur des irrégularités formelles tout en gardant une posture de défense de l'ordre, et d'autre part, mobiliser ses sympathisants sur le terrain en renforçant le discours de légitimité du recours. Dans ce bras de fer, l'enjeu est clair : si l'institution s'avère incapable de trancher dans un climat de défiance, le résultat pourrait être une crise de légitimité durable pour le pouvoir.

Mais cette situation offre aussi une opportunité à l'opposition. En contestant l'issue du scrutin et en capitalisant sur une méfiance croissante à l'égard des institutions, la coalition dirigée par Tchiroma pourrait créer un narratif mobilisateur autour de la transparence et du respect du vote citoyen. Si l'audience se laisse séduire, cela pourrait poser les fondations d'un mouvement de réforme durable.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Or, la manoeuvre du RDPC ne sera crédible que si le recours au Conseil constitutionnel s'appuie sur une argumentation juridique solide, une collecte rigoureuse de PV contrefaits ou corrects, et une communication maîtrisée auprès des populations. Le pouvoir devra affronter le défi de convaincre non seulement les juges constitutionnels, mais aussi l'opinion nationale et internationale.

Nous sommes donc à un instant crucial où le jeu institutionnel et le climat populaire convergent. Le RDPC mise sur une réaction judiciaire pour inverser un scrutin dont l'issue s'annonce historiquement contestée. Le pays risque de basculer vers une période de turbulence politique si le Conseil constitutionnel ne parvient pas à retrouver une posture d'arbitre crédible. Dans tous les cas, l'issue écrira une page nouvelle de la gouvernance électorale au Cameroun en 2025.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.