La Présidentielle ivoirienne prévue le 25 Octobre 2025 bat son plein, avec le démarrage, depuis le 10 octobre, de la campagne électorale, du moins pour les cinq (5) candidats en lice, et pour une durée limitée cette fois à 14 jours.
La particularité de cette élection, c'est qu'elle se déroule dans un contexte particulièrement sensible ; tant il est vrai que la période électorale ici en Afrique est traditionnellement émaillée de tensions vives.
Le cas de l'élection de 2025 a ceci de spécifique qu'elle intervient dans une période d'extrême cristallisation. Jusque-là, dans le discours, il faut le reconnaitre (et prier qu'elle n'évolue pas vers la violence), suite à la déclaration par le Conseil constitutionnel de l'inéligibilité des figures les plus à même de challenger le président sortant Alassane Ouattara, dont la candidature est d'ailleurs contestée en inconstitutionnalité ; il s'agit de Laurent Gbagbo, Tidjiane Thiam et Pascal Affi Nguessan, et Soro Guillaume.
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Les positions figées et voire radicales, observées de part et d'autre, laissent quelque part un goût de revanche, car autant du côté de la mouvance présidentielle autour du RHDP du président sortant Alassane Ouattara, que du côté du Front Commun (PPA /CI et PDCI), chacun veut éliminer son rival au détour de considérations judiciaires, ou juridico-administratives.
Pour les uns, les candidats du PDCI et du PPA/CI sont radiés des listes électorales et donc, n'étant pas électeurs, ils ne peuvent, naturellement, pas être éligibles. Pour les autres, la Constitution actuelle n'autorise pas de faire plus de deux mandats et c'est selon eux le cas de Ouattara.
Aujourd'hui, la campagne a démarré et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle se passe avec son lot de rivalité exacerbée par la volonté des oppositions de manifester au même titre que les candidats déclarés par le Conseil constitutionnel. Il y a un pas pour que les processions des partisans des deux parties s'affrontent dans la rue ; les forces de l'ordre auront du mal à encadrer les marches de l'opposition qui suit un mot d'ordre de manifester au quotidien.
Comment les candidats pourront-ils se faire entendre des citoyens qui devront voter si tout cela se passe dans la cacophonie ? Les arrestations de militants en cours ne semblent pas être la bonne solution, encore moins les mesures répressives qui rappellent, mutatis mutandis, de triste mémoire, les violences postélectorales de 2010 qui avaient fait 3 000 morts et celles de 2020 au bilan terrible de 285 morts et plus de 400 blessés.
L'appel au dialogue n'a pas reçu d'échos favorables, à la fois en interne, mais aussi vis-à-vis d'une impérieuse médiation régionale pour créer les conditions d'un consensus électoral. Apparemment c'est trop tard, car les opérations électorales obéissent à un chronogramme, qu'il est difficile de modifier sans bouleverser (voire reporter) tout le processus qui est à quelques jours de son épilogue.
L'inquiétude est aujourd'hui grandement perceptible, à la limite on pourrait même l'interpréter comme un sentiment de peur, à la lumière de l'escalade verbale de part et d'autre, qui a pris les chemins des réseaux sociaux, dès lors que les médias classiques ont fait le black-out sur les candidats non consacrés par le Conseil constitutionnel. C'est ainsi que le prévoit la loi, dit-on.
Mais la position de leader de la Côte d'Ivoire dans la sous-région, et donc de locomotive économique, qui depuis des années fait un taux de croissance de plus de 6 %, mais aussi sa frontière avec des pays « sous tension sécuritaire » (Mali et Burkina Faso), appellent à un surcroit de vigilance sur les évolutions pré- et postélectorales. L'instabilité politique interne risque d'ouvrir une brèche pour les vieux démons. Apparemment personne ne semble s'en soucier.