Gabon: Quand tirerons-nous les leçons du passé ? Retour sur un scrutin à l'ombre des irrégularités au pays

16 Octobre 2025

De nouveau, le Gabon a sans doute manquer son rendez-vous avec son histoire démocratique. Les élections législatives et locales des 27 septembre et 11 octobre 2025 étaient censées incarner, pour beaucoup, un nouveau départ : celui d'une maturité politique, d'un choix citoyen éclairé, et d'une rupture définitive avec les pratiques du passé. Pourtant, au sortir des urnes, un goût amer persiste, nourri par une longue liste d'irrégularités qui viennent assombrir la légitimité du scrutin.

Dans de nombreuses circonscriptions, les retards et dysfonctionnements se sont multipliés. Distribution tardive des cartes d'électeurs, électeurs introuvables sur les listes, bureaux ouverts avec plusieurs heures de retard : autant d'incidents qui ont semé la confusion et la frustration, notamment à Libreville, Lambaréné ou encore Port-Gentil.

À cela se sont ajoutés des cas de transhumance électorale : des citoyens ballotés d'un bureau à l'autre, favorisant la fraude et affaiblissant la confiance du peuple dans le processus, alors même qu'une trentaine de recours ont été déposés devant la Cour constitutionnelle pour contester les résultats et dénoncer ces anomalies.

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Plus grave encore, dans certaines zones comme Lékoni-Lékori et le département du Ntem, la Cour a purement et simplement suspendu le scrutin devant l'ampleur des irrégularités signalées : bourrages d'urnes, pressions sur les électeurs, et incohérences flagrantes dans les chiffres communiqués.

Le retrait du parti "Ensemble Pour le Gabon" à la veille du second tour, dénonçant la mascarade électorale, a été un signal fort de la perte de confiance dans la capacité du système à garantir un vote juste et transparent. Malgré la victoire affichée de la majorité présidentielle, beaucoup s'interrogent aujourd'hui sur la réelle légitimité du résultat et sur la répétition, scrutin après scrutin, des mêmes erreurs qui minent la démocratie gabonaise.

Quand, alors, tirerons-nous véritablement les leçons du passé ? Tant que la culture de l'impunité et des arrangements prévaudra sur celle de la transparence, tant que la société civile ne s'érigera pas massivement contre ces dérives, et tant que la conscience citoyenne ne s'affirmera pas par un engagement sans faille pour des élections libres, le Gabon risque de condamner à répétition son avenir démocratique.

Il est temps de tourner la page de l'histoire des scrutins à problèmes. Car c'est bien en apprenant du passé, et en refusant de reproduire les mêmes schémas, que le Gabon parviendra enfin à construire la démocratie vraie à laquelle aspirent sincèrement ses citoyens.

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