Cameroun: Conseil constitutionnel et tyrannie - Le piège du juridisme face à la raison d'état

16 Octobre 2025
opinion

La stratégie qui consiste à opposer la lettre de la loi à la pratique du pouvoir révèle souvent une naïveté politique dangereuse. Certains acteurs politiques et citoyens s'engouffrent dans un juridisme inutile, croyant que la simple invocation d'articles de loi peut suffire à contrer un régime autoritaire. Ils espèrent que le Conseil constitutionnel, conçu comme l'arbitre des lois, pourra trancher en leur faveur.

Cette croyance ignore un principe fondamental : une institution captée par le pouvoir en place est programmée pour le servir, rendant ses décisions prévisibles et systématiquement favorables au régime établi. La définition même de la mise sous tutelle des institutions est que celles-ci ne fonctionnent plus comme des contre-pouvoirs indépendants, mais comme des instruments de validation des décisions de l'exécutif.

Dans un tel contexte, la demande récurrente des partisans du pouvoir de « s'en remettre au Conseil constitutionnel » et d'en « respecter les décisions » est un piège rhétorique. Elle confère une apparence de légitimité à un processus dont l'issue ne fait aucun doute. La véritable nature d'un système répressif réside dans le non-droit, où la force brute et la raison d'État priment sur le cadre légal.

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Parler d'articles de loi à des acteurs qui opèrent en dehors de ce cadre revient à dialoguer dans un langage qu'ils ont déjà rejeté. La définition de la dictature ne se résume pas à l'absence d'élections, mais englobe la corruption institutionnelle, la brutalité systémique et la perversion des mécanismes de redevabilité. L'obsession procédurière, ou le « juridisme inutile », devient alors une forme d'auto-persuasion qui détourne l'opposition de la seule question qui vaille : où réside réellement le pouvoir, et comment le récupérer ? Face à une tyrannie, la résistance efficace se construit en dehors des arènes contrôlées par le régime, dans l'organisation populaire et la confrontation des rapports de force.

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