Ile Maurice: Investissements de Mamy Ravatomanga - Les centaines de millions USD dans une banque seront-elles sous la loupe de la FCC ?

L'homme d'affaires malgache Maminiaina Ravatomanga, dit Mamy, est au centre d'une enquête à la Financial Crimes Commission (FCC). Arrivé sur l'île, dans la nuit du 11 au 12 octobre, à bord d'un jet privé, le magnat détient des centaines de millions de dollars américains (plusieurs milliards de roupies) dans une banque locale, selon des informations confirmées par nos sources. Cette affaire soulève des questions importantes pour le secteur offshore, où Mamy Ravatomanga est connu pour ses activités financières transfrontalières. Des experts s'inquiètent des répercussions possibles sur les autres investisseurs qui utilisent Maurice comme hub financier. Certains craignent que cette enquête puisse entraîner un renforcement des contrôles bancaires et réglementaires, impactant la confiance des investisseurs internationaux.

Hier matin, Me Siddhartha Hawoldar - qui a confirmé à l'express être non pas le conseiller financier de Mamy Ravatomanga mais son conseiller légal - a pris contact avec la FCC, sur instructions de son client, pour clarifier la situation. «Mon client souhaite que tout soit tiré au clair avant son départ du pays», a-t-il indiqué. La démarche s'inscrit dans un contexte où la FCC enquête sur des soupçons de corruption, de fraude et de détournement de fonds publics, après une plainte déposée par un jeune ressortissant malgache lundi. Selon les premières informations, les enquêteurs de la FCC devront commencer à recueillir des documents bancaires et financiers liés à Mamy Ravatomanga afin de vérifier l'origine et la légalité de ces fonds.

Une coopération internationale contestée

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Mercredi, le Conseil national de défense de la transition (CNDT) de Madagascar a officiellement sollicité la FCC pour collaborer sur cette enquête. Le CNDT, autorité mise en place par les militaires à Madagascar après un coup d'État, cherche à impliquer Maurice dans une enquête transfrontalière sur la corruption. Mais cette démarche soulève de sérieuses interrogations. Le CNDT n'existe pas dans la structure constitutionnelle actuelle de Madagascar et son statut juridique est contesté sur le plan international. Aucune reconnaissance officielle n'a été accordée à ces factions militaires, ce qui fait que toutes les demandes judiciaires émanant de cette instance sont considérées comme nulles et non avenues, car elles peuvent être perçues comme des manoeuvres politiques ou des règlements de comptes.

L'Union africaine (UA) a rapidement réagi à la situation à Madagascar, suspendant le pays de toutes ses institutions continentales dès le 15 octobre (voir ci-contre). Le conseil de paix et de sécurité de l'UA a condamné la prise de pouvoir par les militaires, dénonçant un changement inconstitutionnel et rappelant que la Grande île reste sous la tutelle d'une autorité non reconnue. Cette suspension internationale renforce le caractère complexe et délicat de toute enquête impliquant le CNDT et place la FCC dans une position centrale pour garantir transparence et légalité.

La FCC face à une affaire sensible

À Maurice, les enquêteurs de la FCC suivent de près le dossier. L'enjeu est double : vérifier la légalité des centaines de millions de dollars américains détenus par Mamy Ravatomanga dans le système bancaire mauricien et s'assurer que toute coopération avec des autorités étrangères se fasse dans le cadre strict de la loi, sans être instrumentalisée à des fins politiques. Une source proche de la FCC explique : «Nous traitons ce dossier avec la plus grande prudence, avec un haut niveau. Rien ne peut être divulgué.» Du côté de la banque concernée, aucun commentaire n'a été fait en raison du secret bancaire.

L'homme d'affaires malgache reste à Maurice sous surveillance et l'enquête pourrait s'intensifier dans les prochains jours, notamment avec l'analyse des documents bancaires et financiers et la vérification des relations de Mamy Ravatomanga à Maurice.

Par ailleurs, nous avons contacté Gilbert Noël. Nous sommes restés sans suite.

AFG bank à Antananarivo. Le duo Koné Dossongui-Ravatomanga derrière l'offensive financière

En 2024, le magnat ivoirien Bernard Koné Dossongui s'est appuyé sur l'influence de l'homme d'affaires malgache, Mamy Ravatomanga, pour étendre son empire à Madagascar. La filiale locale d'AFG Bank, appartenant au conglomérat Atlantic Financial Group (AFG) et fondé en 2006 par Bernard Koné Dossongui, a officiellement déposé ses statuts à Antananarivo en février. Parmi les administrateurs de cette filiale figurent plusieurs piliers de la holding ivoirienne et proches du magnat, dont Léon Konan Koffi, Anatole Georges Wilson, Kouakou Anzoua Abissa et Gervais Atta. Un nom retient particulièrement l'attention : celui d'Andry Rabetokotany, gendre de Bernard Koné Dossongui et proche collaborateur de Mamy Ravatomanga, figure influente auprès d'Andry Rajoelina.

Quant à AFG Capital Ltd, anciennement AFG Investment (Mauritius), filiale de la holding panafricaine AFG, elle est au coeur de l'actualité mauricienne depuis le dimanche 12 octobre en raison de sa proximité supposée avec le milliardaire malgache, Maminiaina (Mamy) Ravatomanga. Ce dernier a atterri à Maurice, dans la nuit du samedi au dimanche, à bord d'un jet privé, dans des conditions jugées préoccupantes par les autorités.

Constituée en août 2020 sous le numéro C174561 auprès du Registrar of Companies, la société est basée à IconEbene. Son principal actionnaire est AFG océan Indien Ltd, contrôlée par l'homme d'affaires ivoirien, Bernard Koné Dossongui. AFG Capital compte cinq directeurs, dont deux Mauriciens : Raj Ringadoo, promoteur immobilier, président du National Investment Trust, ancien Chairman de la State Investment Corporation et ex-cadre de la Development Bank of Mauritius, ainsi que Priscilla Pattoo, avocate inscrite au barreau depuis 2006, fondatrice et Managing Partner du cabinet LawLine et ancienne membre du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice (BoM). Les trois autres directeurs sont Anatole Georges Wilson, Konan Léon Edward Koffi et Kouakou Anzoua Abissa, tous d'origine ivoirienne. La direction exécutive est assurée par Ziyad Bundhun, récemment cité comme conseiller financier de Menlo Park Ltd.

Un magnat régional

Homme d'affaires influent, Bernard Koné Dossongui est le fondateur d'AFG Holding, banquier de profession, et actif dans l'assurance et l'industrie. À travers la Banque atlantique, il a consolidé une forte présence en Afrique de l'Ouest. Son groupe s'est également diversifié dans le ciment, avec des unités en Côte d'Ivoire et à Madagascar. En 2022, AFG Holding avait tenté une percée à Maurice en négociant l'acquisition des 74,48 % du capital d'AfrAsia Bank détenus par IBL et la Banque nationale du Canada. L'opération n'a cependant pas abouti : selon des sources proches du dossier, un exercice de due diligence mené par la BoM aurait soulevé des réserves sur les sources de financement envisagées par le groupe ivoirien pour financer cette opération.

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