Le Livre Blanc sur le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944, présenté dans le cadre de la commémoration du 80e anniversaire de cette tragédie, constitue bien plus qu'un simple document historique. Selon le Pr Mamadou Diouf, président du Comité de commémoration, il s'agit d'un «manuel de vérité», une entreprise scientifique, mémorielle et politique pour démêler les fils d'un épisode longtemps enseveli sous le silence et la dissimulation.
Le 1er décembre 1944, des dizaines de tirailleurs sénégalais, anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, furent tués dans le camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, alors qu'ils réclamaient leurs soldes et primes de démobilisation promises. Cet événement, qualifié de massacre, reste à ce jour entouré de zones d'ombre, de manipulations et d'omissions délibérées. Le Livre Blanc, produit dans le cadre de la commémoration du 80e anniversaire de cette tragédie, entend combler ce vide.
Composé de quatre chapitres structurants, l'ouvrage revient d'abord sur les sources disponibles : archives écrites, orales, esthétiques, ou encore les traces matérielles comme le cimetière de Thiaroye, jamais fouillé à ce jour. Ce premier chapitre met en lumière l'effort systémique de la France pour dissimuler la vérité, en refusant notamment de livrer certains documents clés. Comme le souligne le Pr Mamadou Diouf, président du Comité de commémoration, «le récit du massacre a été confisqué par la métropole ; il est temps de restituer la parole aux victimes.»
Le deuxième chapitre retrace l'histoire des «Tirailleurs Sénégalais», du milieu du XIXe siècle à leur dissolution après les indépendances. Il expose la complexité de leur statut : soldats engagés, parfois de force, dans l'expansion coloniale française, mais aussi acteurs de leur propre lutte pour la dignité et l'émancipation.
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Le troisième chapitre, coeur du livre, tente de reconstituer les faits du 1er décembre 1944. Où les tirailleurs ont-ils été tués ? Combien étaient-ils ? Nul ne sait précisément. Le manque d'archives empêche toute certitude. Ce flou, selon les auteurs, n'est pas accidentel : il révèle une volonté politique de brouiller les responsabilités.
Enfin, le quatrième chapitre adopte une approche historiographique. Il analyse les différentes narrations - françaises, africaines, littéraires, cinématographiques - qui ont tenté de faire mémoire de Thiaroye. L'objectif est clair : inscrire ce massacre dans une histoire plus large, celle d'un empire colonial confronté à ses contradictions au moment même où il célébrait sa «libération». Un paradoxe que souligne Mamadou Diouf : «au moment où la France retrouve sa liberté, elle dit aux Noirs : "Vous avez combattu, mais vous n'en faites pas partie".»
En conclusion, ce Livre Blanc ne se contente pas de documenter un crime. Il ouvre un chantier mémoriel et politique. Il appelle à la vérité, à la reconnaissance, et à une souveraineté narrative portée par les peuples africains eux-mêmes. Il appelle aussi à une justice historique, encore attendue, 80 ans après cette tragédie.