Rebecca Kompaoré, Fares Idir et Mehaila Naima étaient en choeur de conte pour les enfants.
Les rires et les applaudissements des enfants de l'école Les Colombes ont résonné, le 15 octobre, comme une douce musique dans la cour, à l'occasion du passage de la caravane du conte du Festival international du théâtre de Béjaïa (Fitb). Une escale magique, pleine de couleurs, d'émotions et de belles histoires, portée par trois voix venues d'horizons différents : Rebecca Kompaoré de la Côte d'Ivoire, Farès Idir et Mehaila Naïma d'Algérie. Trois univers, trois sensibilités, un même coeur : celui du conte.
À travers cette tournée, le commissariat général du Fitb a voulu ramener les enfants vers les racines du conte africain, cette parole vivante, joyeuse et éducative qui a longtemps été l'école du soir de nos villages. Et le pari est réussi. A l'arrivée de la délégation, la joie éclatante sur les visages des enfants disait tout.
Pour ouvrir le bal, Damey Maho, le metteur en scène ivoirien qui, pour la circonstance avait porté sa casquette de Maho, a su conquérir, depuis la cour, les coeurs avec ses ballons multicolores qu'il transformait en animaux, voitures ou fleurs selon les souhaits des enfants. L'ambiance était déjà à la fête, le terrain préparé pour l'envol du rêve dans la salle de spectacle de l'école.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Naima, la conteuse au pied nu
Puis vint Mehaila Naima, la conteuse aux pieds nus, drapée dans un magnifique habit traditionnel chatoyant. D'un geste lent, elle a annoncé : « Mon conte est dans mon ventre. Il veut sortir pour vous parler, mais il ne sortira que si la salle est silencieuse... », a-t-elle lancé pour imposer le silence.
Les petits, suspendus à ses lèvres, se turent aussitôt. Et le conte, raconté en arabe naquit : l'histoire d'un enfant incapable de garder un secret. Un récit initiatique sur la parole, la confiance et la responsabilité. À chaque mot, Naima dansait, mimait, jouait avec les rythmes et les regards. Le public conquis riait, réagissait, vivait le conte avec elle jusqu'à la fin de sa prestation saluée par des applaudissements nourris.
Idir Farès, la voix kabyle qui fait chanter la forêt
Dans un autre registre, Farès Idir prit le relais en Kabyle, transportant les enfants dans un univers plein de poésie et de magie. Son héros, un petit orphelin vivant seul dans la forêt, découvre une figue magique capable d'exaucer les voeux. Par le chant, la parole et le geste, Farès tissait un lien complice avec son jeune auditoire.
Les enfants reprenaient ses refrains, riaient de ses mimiques, s'émerveillaient de ses trouvailles. Au final, un tonnerre d'applaudissements vint saluer cette prestation vibrante d'émotion et d'humanité.
Rebecca Kompaoré, la voix d'Afrique de l'Ouest
Et puis, ce fut au tour de Rebecca Kompaoré, venue de Côte d'Ivoire, de faire résonner l'Afrique de l'Ouest. Depuis le fond de la salle, elle entra en chantant, captivant aussitôt l'attention. « Quand je dis N'dê Kpaooo (c'est une belle histoire), vous répondez Kpaoooo (très belle) », lança-t-elle.
Le jeu prit, et le conte, "Le Poisson sacré", commença. Celui d'Ami, une fillette têtue qui trahit la confiance d'un poisson magique aux reflets d'arc-en-ciel. Raconté en français, rythmé de refrains en langue baoulé, le conte capte l'attention des enfants. Rebecca interagit avec eux : « N'dê Kpaoooo » et eux de répondre « Kpaooooo ». La conteuse fusionne avec son public, son récit est fluide et accompagné à la kora par le musicien ivoirien Kouablan N'gouan Dieudonné alias N'gokody Kora. Le conte vibrait de musique et de sagesse. La voix de Rebecca et les notes cristallines de la kora tissaient un dialogue poétique, éveillant chez les enfants autant de rires que d'émerveillement. À la fin, toute la salle reprenait en choeur : « N'dê Kpaooo ! -- Kpaoooo ! »
De Naima à Farès, de Rebecca à Maho le Clown et N'gokody Kora, la magie du conte a uni Béjaïa à l'Afrique entière. Au-delà du divertissement, cette initiative du Fitb a rappelé que le conte est un art de vivre, un lien entre générations, un miroir de nos valeurs et de nos rêves. Les enfants, eux, garderont longtemps en mémoire cette matinée enchantée où le temps d'un récit, les mots ont dansé et les coeurs ont voyagé
ENVOYE SPECIAL A BEJAIA-ALGER