Le rapport de l'Audit 2023-2024 de la Mauritius Ports Authority (MPA) indique un bénéfice net de Rs 610,8 millions, soit une hausse de 41 % par rapport à l'année précédente.
«Ces chiffres, issus du rapport de l'Audit, sont réels. Mais les deux personnes qui s'en félicitent aujourd'hui, Aruna Devi Bunwaree-Ramsaha et Maurice Allet, n'étaient pas en poste durant cette période. Bunwaree-Ramsaha avait été suspendue de ses fonctions le 23 décembre 2022 et n'a été réinstallée qu'en janvier 2025. Maurice Allet n'a été nommé président du conseil d'administration qu'en février 2025, soit plus de six mois après la clôture de l'exercice. Ils célèbrent donc une'performance' à laquelle ils n'ont aucunement contribué, tout en omettant de mentionner les nombreux problèmes laissés en héritage»,s'indigne Alain Malherbe, observateur averti des actualités portuaires, dans une déclaration à l'express.
«Bunwaree et Allet se vantent d'une 'hausse du mouvement de conteneurs' et d'une 'croissance du transbordement'», dit-il, citant 680 538 TEU (NdlR, Twenty-foot Equivalent Unit) manipulés en 2023-2024. Mais cette progression, selon lui, n'a rien à voir avec leur gestion. Elle découle directement du détournement des routes maritimes après la crise en mer Rouge, qui a forcé plusieurs compagnies à éviter le canal de Suez et à passer par le cap de Bonne-Espérance. Port-Louis s'est retrouvé sur cette nouvelle route, ce qui a temporairement dopé les escales et les recettes.
«Autrement dit, le port a simplement profité d'une situation internationale exceptionnelle. Faire passer cette conjoncture pour un «succès de gestion» est trompeur. Pire encore, aucun des deux intervenants n'a mentionné l'importance des changements d'équipages (crew changes), qui représentent une part essentielle, sinon majeure des revenus de la MPA», ajoute Alain Malherbe. Des centaines de navires font escale à Port-Louis uniquement pour débarquer ou embarquer leurs marins, générant des recettes substantielles en services portuaires. «Oublier de le mentionner démontre une méconnaissance complète de la réalité portuaire.»
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Autre silence révélateur, que dénonce Alain Malherbe : «Le Passenger Cruise Terminal, inauguré le 11 décembre 2023 par Pravind Jugnauth, présenté comme une vitrine du 'port moderne', s'avère être une erreur de conception majeure. Alors que la majorité des paquebots faisant escale à Maurice mesure près de 200 mètres + de long, le quai du terminal n'en fait que 120. Cette absurdité oblige désormais certains paquebots à accoster sur des quais commerciaux, prévus pour les conteneurs et le vrac. Or, ces quais sont encombrés d'engins de manutention lourds, grues, chariots élévateurs, camions, qui représentent un danger évident pour la sécurité des passagers et du personnel. C'est une situation indigne d'un port international, créé par une planification bâclée et un manque total de vision.»
Les autorités doivent injecter de l'argent public pour corriger cette erreur, en rallongeant le quai et en modifiant les installations. «Autrement dit, les contribuables paient aujourd'hui pour réparer les fautes de ceux qui s'en félicitent.»
Des profits, mais aucune stratégie
Si la MPA dispose réellement de Rs 24,8 milliards d'actifs, pourquoi n'a-t-elle pas investi dans le renouvellement de sa flotte de remorqueurs ? «Plutôt que d'acheter des unités modernes et fiables, la direction a choisi de louer deux remorqueurs étrangers, battant pavillon mauricien mais opérés par des équipages non mauriciens, privant ainsi les marins locaux de travail et d'expérience. Un port riche qui loue ses outils de travail et exclut ses propres marins n'a pas de vision : il entretient simplement une dépendance coûteuse et humiliante.»
Nous avons sollicité la MPA pour obtenir sa version des faits. Maurice Allet, le chairman, nous a indiqué qu'il ne souhaitait pas commenter les préoccupations d'Alain Malherbe.