Ils étaient plusieurs dizaines de milliers de Malgaches le samedi 18 courant à l'emblématique place du 13-Mai, qui avec grande euphorie, ont fêté leur révolution.
Dans un mouvement de liesse populaire, aux rythmes de plusieurs orchestres et de troupes de danse, entrecoupés par plusieurs discours de leaders d'organisation de la société civile, de jeunes de la Gen Z, de syndicalistes, et d'autres représentants des « forces vives de la nation », c'est une foule intergénérationnelle qui a inauguré le mandat du « président de la refondation ». De quoi ridiculiser le communiqué de l'Union africaine dans sa condamnation formaliste de la prise du pouvoir par la force sur la Grande Île.
En tout cas, la veille, le nouvel homme fort du pays, le colonel Michael Randrianirina, avait prêté serment devant le Haut conseil constitutionnel (HCC) devenant le 5e président malgache, avec la grande mission de refonder les institutions de la République. C'est connu, comme pour répondre à l'UA, et tous ceux qui ont condamné les coup d'Etat, le colonel Randrianirina refuse qu'on le prenne pour un putschiste, mettant en avant le transfert d'un pouvoir vacant à ses bons soins, après la fuite de son prédécesseur.
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De fait, c'est suite à des manifestations des populations d'Antanarivo, notamment les jeunes internautes, lanceurs d'alertes sur les réseaux sociaux, appelé Gen Z, que le régime d'Andry Rajoelina, au pouvoir depuis 2009, s'est effondré. Un simple mouvement d'humeur de jeunes, né des quartiers périphériques de la capitale, a grandi en insurrection populaire qui a permis à l'armée de donner l'estaucade à un pouvoir de plus de 25 ans, essoufflé par la mal gouvernance.
En moins d'un mois, la rue malgache est passée de la colère, des cris de deuil pour la vingtaine de victimes parmi les croquants, à l'acclamation des soldats mutins qui l'a rejointe, pour finir dans l'euphorie pour cette refondation portée sur les fonds baptismaux. « Pourvu que ça dure », pour reprendre l'exclamation historique de la mère de Napoléon Bonaparte devant la bonne étoile de son fils qui venait d'être couronné empereur !
De fait, dans la situation malgache, le moins qu'on puisse dire, c'est que le colonel Michael Randrianirina a du pain sur la planche. Entre le déficit d'électricité, d'eau potable, la gangrène de la corruption, les aspirations des jeunes pour plus de formation professionnelle, d'universités, d'emplois et de soutien aux initiatives d'auto-emploi, dans une conjoncture économie nationale difficile, la tâche ne sera pas du tout repos.
Lui qui été l'un des rares officiers à critiquer son prédécesseur au point de faire 3 mois de prison, est aujourd'hui au pied du mur et doit administrer la preuve qu'il a l'art de fédérer les énergies pour répondre aux aspirations des insurgés qui l'ont porté au pouvoir. Si non, gare « au retour de la flamme » comme l'a déclaré un des responsables de Gen Z, qui dans son allocution à la place du 13- Mai, a appelé les jeunes à rester toujours vigilants pour « surveiller, documenter, et exiger la redevabilité aux autorités et une place dans le débat et les décisions » de refondation à venir.
Le colonel Randrianirina est donc prévenu. L'euphorie festive qui accompagne sa prestation de serment n'est pas un blanc-seing pour le gouvernement qu'il va mettre en place. Lui qui a déjà abandonné le kaki militaire pour le tergal costume 3 pièces doit avoir à l'esprit qu'il doit vite retrousser ses manches pour ne pas dissiper le grand capital confiance des Malgaches en leur révolution.
Croissons les doigts que la grisaille des populations pour leurs attentes déçues ne vienne jamais faire oublier cette fête de leur révolution sur la place du 13- Mai.