Gabon: Le journaliste Harold Leckat menotté à une chaise pour dormir à la DGR !

19 Octobre 2025

Dans un coup de filet musclé qui soulève un tollé sur les libertés de la presse et les droits humains, le journaliste gabonais Harold Leckat, directeur de publication de Gabon Media Time, croupit depuis mercredi en garde à vue à la Direction générale des recherches (DGR) au Camp Roux. Interpellé à sa descente d'avion à l'aéroport international Léon Mba, alors qu'il rentrait d'une formation à Montpellier financée par l'Union européenne, ce dernier est désormais au coeur d'une accusation selon laquelle il aurait escroqué la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), et ce malgré la fourniture des justificatifs en reporting dont les originaux sont conservés au sein de l'institution.

Selon des sources judiciaires bien informées de l'affaire, le dossier porte sur un contrat commercial conclu en septembre 2020 avec la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Une collaboration rompue fin 2024 par les nouvelles autorités de l'institution. Mais étrangement après un maintien de plus de six mois de la même convention par le nouvel ADG. Mais au-delà des allégations économiques aux relents judiciaires en débat entre conseils et accusation, c'est le régime de détention qui choque.

C'est la révélation faite ce vendredi 17 octobre 2025 par l'intéressé lorsqu'il a été déféré devant le parquet de la République.

Harold Leckat n'aurait pas mâché ses mots. "Je suis contraint de dormir sur une chaise, menotté toute la nuit", a-t-il dénoncé au maître des poursuites, invoquant un malaise survenu jeudi 16 octobre qui l'a isolé des cellules collectives. Où est la dignité humaine ?

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Face à cette dénonciation de conditions de détention, le procureur Bruno Obiang Mve n'aurait pas commenté.

Une garde à vue prolongée de 72 heures supplémentaires, a été décidée ce vendredi par le procureur de la République, Maître Bruno Obiang Mve, malgré des conditions assimilables à de la torture.

Ce dernier a opté pour la prorogation, renvoyant le dossier à lundi matin. Des experts en droit pénal, sous couvert d'anonymat, y voient le signe d'un dossier "creux". En d'autres termes, un renvoi de ce type traduirait une impossibilité d'établir une culpabilité solide avec les pièces actuelles, forçant le parquet à jouer la montre en attendant des éléments probants.

« C'est une tactique classique pour masquer le vide probatoire », confie un avocat, soulignant que Harold Leckat, chef d'entreprise, homme marié et père de famille exemplaire, offre toutes les garanties de représentation et ne justifie pas un tel régime carcéral.

À l'heure où ces lignes sont couchées, il endure probablement une nouvelle nuit de supplice, entravé à une chaise qui lui tient lieu de lit de fortune. Ce traitement, qui frise la maltraitance institutionnelle, interpelle urgemment les autorités judiciaires, du procureur général au ministre de la Justice, garantes des droits fondamentaux.

La prorogation de cette garde à vue, loin d'être une mesure de routine, risque de ternir l'image d'un Gabon post-transition, où la presse libre est censée être un pilier de la démocratie naissante. Les instances internationales, comme l'UE qui a financé sa formation, scrutent déjà l'affaire : il est temps pour la justice gabonaise d'agir, sous peine de voir ce dossier exploser en scandale diplomatique.

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