Afrique: L'UNESCO achève l'Histoire générale de l'Afrique, une œuvre majeure pour restituer le récit du continent

L’UNESCO a inscrit la danse Intore du Rwanda sur sa Liste du patrimoine culturel immatériel. (Archive)
20 Octobre 2025

Soixante ans après le lancement de l'ambitieux projet de l'Histoire générale de l'Afrique, l'UNESCO annonce l'achèvement des trois derniers volumes de cette entreprise intellectuelle sans précédent. Cette œuvre monumentale, débutée en 1964, vise à documenter, écrire et transmettre l'histoire du continent africain depuis la Préhistoire jusqu'à nos jours, selon une perspective africaine et affranchie des prismes coloniaux.

Relancé en 2018 par la Directrice générale Audrey Azoulay, le projet retrouve aujourd'hui toute sa force symbolique et éducative. « Avec ces trois nouveaux volumes, c'est une voix plurielle, libre et vivante de l'histoire de l'humanité que nous redécouvrons. En restituant à l'Afrique la maîtrise de son récit, cette œuvre collective met en lumière la richesse de ses savoirs, la force de ses diasporas et l'apport essentiel du continent à notre humanité commune », a-t-elle déclaré.

Les volumes IX, X et XI viennent compléter les huit premiers tomes publiés jusqu'en 1993. Plus de 200 experts africains et internationaux ont collaboré à cette dernière phase. Ces nouveaux chapitres traitent des grandes mutations sociales, politiques et culturelles contemporaines, tout en intégrant les avancées récentes en archéologie, en anthropologie et dans les sciences humaines.

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On y retrouve les enjeux cruciaux de l'époque actuelle, notamment la construction des États-nations, l'égalité de genre, les mouvements de jeunesse, la justice environnementale, les migrations ou encore la mondialisation. L'ouvrage met aussi en valeur le concept d'« Afrique globale », une manière de souligner le rôle central du continent dans les dynamiques mondiales, notamment à travers les diasporas africaines. De grandes figures historiques et intellectuelles, telles qu'Ahmad Baba de Tombouctou, W.E.B. Du Bois ou Frederick Douglass, incarnent cet héritage international.

Mais l'Histoire générale de l'Afrique ne s'adresse pas qu'aux chercheurs. L'UNESCO entend faire de cette œuvre un véritable outil pédagogique mondial. Elle lance à cette occasion un guide destiné aux ministères de l'Éducation pour intégrer les contenus africains dans les programmes scolaires, ainsi qu'un jeu vidéo intitulé African Heroes, accessible gratuitement, qui permet aux jeunes de découvrir dix grandes figures historiques issues du continent et de sa diaspora.

Cette dimension éducative s'inscrit dans l'ambition originelle du projet, lancé en étroite collaboration avec les États africains nouvellement indépendants. Elle répond aussi à l'appel porté dès les années 1970 par l'un de ses plus fervents défenseurs : Amadou Mahtar Mbow. Ancien directeur général de l'UNESCO de 1974 à 1987, le Sénégalais a été l'un des premiers à plaider pour une réappropriation de l'histoire africaine par les Africains eux-mêmes, et à insister sur l'importance de conjuguer tradition orale et historiographie moderne.

L'ensemble du projet a mobilisé plus de 500 chercheurs, venus de 54 pays africains et des diasporas. Publiés en plusieurs langues, dont l'arabe, l'anglais et le français, les volumes ont aussi été traduits dans douze langues supplémentaires, dont trois langues africaines telles que le kiswahili, l'haoussa et le peul. Objectif : rendre cette connaissance accessible à tous.

Aujourd'hui, l'Histoire générale de l'Afrique s'impose comme une référence incontournable, aussi bien pour les milieux académiques que pour les enseignants, les institutions éducatives et le grand public. Elle constitue une contribution essentielle à la compréhension de l'Afrique, de ses trajectoires multiples, et de son rôle dans l'histoire universelle. Elle éclaire aussi, à travers une approche rigoureuse et inclusive, les réflexions sur l'identité, la mémoire et l'avenir du continent dans un monde en mutation.

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