Cameroun: Guerre des chiffres à la présidentielle - Le conseil constitutionnel se montrera-t-il à la hauteur de l'histoire?

22 Octobre 2025

Alors que les Camerounais sont toujours dans l'attente des résultats officiels et définitifs de la présidentielle du 12 octobre dernier, la guerre des chiffres, elle, fait rage avec deux camps qui se disputent la victoire.

En effet, la Commission nationale de recensement des votes, au terme de son décompte final rendu public le 20 octobre dernier, a annoncé le président sortant, Paul Biya, en tête du scrutin avec 53,66 % des voix, devant Issa Tchiroma Bakary, crédité selon elle, de 35,19 % des suffrages exprimés. Mais la réplique de l'ancien ministre et porte-parole du gouvernement, devenu opposant, ne s'est pas fait attendre.

La tension reste vive au Cameroun

Lui qui avait déjà revendiqué la victoire, bien avant tous les organes habilités à le faire, est revenu à la charge avec des éléments de « preuves » pour conforter sa position. En effet, le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), son parti, a récemment publié ses propres chiffres. Et comme on pouvait facilement le deviner, ceux-ci donnent son candidat vainqueur, avec près de 54,8% contre 31% pour son ancien mentor.

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A côté de cette guerre des chiffres, les récriminations à l'encontre du processus électoral, ne manquent pas. En effet, des candidats à la présidentielle, dénonçant des fraudes électorales, avaient même introduit des recours auprès du Conseil constitutionnel pour demander l'annulation pure et simple du scrutin. Et même si, aux dernières nouvelles, certains se sont rétractés, la tension reste vive au Cameroun avec des manifestations sporadiques qui sont signalées à travers le pays.

Pourquoi tant d'agitations alors même que le Conseil constitutionnel n'a pas encore rendu son verdict sur les résultats définitifs du scrutin? C'est dire toute l'incertitude de cette présidentielle où l'indéboulonnable Paul Biya n'a jamais été aussi inquiet. Mais pas que. Ce branle-bas de combat traduit surtout tout l'espoir que ce scrutin suscite auprès des Camerounais chez qui le rêve d'une alternance, n'a jamais été aussi grand.

Cela dit, cette guerre des chiffres sur fond de tensions montantes dans le pays, fait craindre une crise postélectorale au "continent" où les populations ne cachent plus leur soif d'alternance. Et pour désamorcer cette crise naissante, tous les regards sont désormais tournés vers une institution: le Conseil constitutionnel; le seul organe habilité à trancher dans le vif pour départager les protagonistes.

C'est dire si la responsabilité qui lui incombe, est grande. Sauf que la plus haute juridiction électorale du pays, traîne la réputation peu glorieuse d'être inféodée au parti au pouvoir. Et elle ne l'a peut-être pas volée. Pour cause: depuis son entrée en matière, en février 2018, la plupart des décisions qu'elle a rendues, ont été défavorables à l'opposition. Soit les requêtes à elle soumises, finissent par être rejetées, soit elles sont frappées d'irrecevabilité, ou le Conseil se déclare tout simplement incompétent à connaître des dossiers qui arrivent sur sa table.

La décision du Conseil constitutionnel est très attendue

Et en rejetant la candidature de Maurice Kamto, principal opposant, qui a donc été empêché de participer à la présidentielle du 12 octobre dernier, le Conseil a, une fois de plus, prouvé qu'il restait fidèle à sa réputation.

Une chose est certaine: tout ce passé sombre vient mettre en doute la capacité réelle de la haute juridiction, à se détacher véritablement du parti au pouvoir et à rendre ses décisions en toute indépendance. Saura-t-elle, cette fois-ci, se montrer à la hauteur de l'histoire? Rien n'est moins sûr.

On peut se montrer d'autant plus sceptique que ce Conseil, de par sa composition, reste fortement sous le contrôle du parti au pouvoir. Et si l'opposant Issa Tchiroma Bakary a refusé de déposer un recours auprès de cette haute juridiction, c'est sans doute parce qu'il estime que sa cause est perdue d'avance. En tout état de cause, cette institution a l'ultime chance de redorer son blason et de rentrer dans l'Histoire politique du Cameroun.

Cela implique de dire courageusement la vérité des urnes face aux suspicions de fraudes qui ont repris de plus belle depuis qu'il se susurre que le président sortant, annoncé vainqueur du scrutin, a approché son adversaire direct pour lui proposer le poste de Premier ministre. Le candidat du FNCS y voyant certainement un os empoisonné qui pourrait lui rester en travers de la gorge, aurait immédiatement décliné cette proposition. C'est donc dire que la décision du Conseil constitutionnel est très attendue pour mettre fin à ce jeu de clair-obscur.

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