Ile Maurice: Faraz Rojid - «Maurice a les atouts pour devenir le centre financier incontournable pour tout investisseur»

interview

Nommé «CEO-designate» début novembre 2024 et confirmé à ce poste depuis janvier 2025 à la tête de Mauritius Finance, l'ancien directeur de la Financial Services Promotion Agency et de l'Economic Development Board fait le point sur notre centre financier international et livre sa vision de l'avenir.

Comment décririez-vous l'évolution de Maurice en tant que centre financier international au cours de la dernière décennie ?

Le Global Financial Centres Index de septembre 2025 consacre Maurice comme le centre financier international le plus important d'Afrique devant Casablanca (Maroc). Parmi les centres financiers du Moyen-Orient et d'Afrique, seuls Dubaï et Abu Dhabi nous devancent désormais. Ce classement reflète les progrès très importants du centre financier international de Maurice (MIFC) en une décennie.

D'une juridiction que certains critiquaient souvent injustement, Maurice est aujourd'hui un centre financier de classe mondiale dont les régulateurs et opérateurs suivent scrupuleusement les meilleures pratiques internationales en matière de conformité et de lutte contre le blanchiment d'argent et de financement du terrorisme (AML/CFT).

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Le MIFC est aujourd'hui reconnu comme une porte d'entrée stratégique pour les investisseurs en Afrique et en Asie. Cette évolution a permis à notre secteur des services financiers de se positionner comme le principal pilier de l'économie, contribuant directement et indirectement à 25 % du Produit intérieur brut (PIB) de Maurice tout en employant plus de 36 800 personnes. C'est ce que confirme le rapport Rethinking the Future of the Financial Services Industry publié par le gouvernement récemment.

Qu'est-ce qui rend Maurice une juridiction attrayante pour les investisseurs internationaux, comparé à d'autres centres financiers ?

Notre connaissance pointue et nos liens étroits avec le continent africain nous différencient des autres. Cet avantage repose aussi sur le dynamisme de nos rapports commerciaux avec nos partenaires et les nombreux traités qui nous lient à plusieurs pays émergents. L'absence d'imposition sur les plusvalues, les droits de succession ainsi qu'un régime fiscal et un niveau d'imposition compétitif sur les sociétés font de Maurice une juridiction de choix pour entreprises, investisseurs et high net worth individuals (HNWI) à la recherche d'un cadre fiscal et réglementaire prévisible et sûr.

À ces atouts s'ajoutent le bilinguisme et le haut niveau de compétence de la main-d'oeuvre de notre industrie financière. C'est ce qui nous permet de proposer une palette étendue de services aux investisseurs - de la gestion et l'administration de fonds au capital-investissement en passant par la gestion de patrimoine et les produits financiers structurés.

Maurice dispose d'un réseau de conventions fiscales. Comment ces accords renforcent-ils sa position de destination stratégique pour les investissements ?**

À ce jour, Maurice dispose d'un réseau très étendu de 46 traités fiscaux avec un ensemble très diversifié de pays, dont l'Inde, la Chine, la France, le Royaume-Uni ainsi que plusieurs pays d'Afrique et d'Asie. Ce réseau de traités fiscaux et de protection de l'investissement représente un gage de sécurité et de prévisibilité pour attirer les capitaux étrangers tout en consolidant la position du MIFC comme un point d'entrée stratégique pour les investissements transfrontaliers en Afrique et en Asie.

L'appartenance de Maurice aux blocs régionaux africains majeurs comme la SADC et le COMESA offre également aux clients de notre centre financier un accès préférentiel à un marché de plus de 750 millions de personnes. Les clients du MIFC basés en Afrique et souhaitant investir sur le continent disposent, eux, d'une plateforme investment grade dotée d'une réglementation et d'un cadre fiscal propices aux affaires et stables leur permettant de gérer ou d'investir leurs fonds.

Comment Maurice parvient-il à concilier la conformité aux normes internationales tout en maintenant sa viabilité commerciale pour les investisseurs ?

La crédibilité, la réputation, la stabilité et le statut investment grade du MIFC - que nous sommes les seuls à avoir dans la région - reposent sur notre capacité à nous conformer aux normes internationales les plus strictes en matière de services financiers. En mettant en oeuvre ces normes, nous consolidons la réputation du MIFC et assurons les investisseurs que toutes les entreprises sont traitées équitablement dans notre juridiction.

L'équilibre dont vous parlez repose sur notre capacité à élaborer une politique fiscale qui permette à notre centre financier de rester compétitif sans toutefois sacrifier la nécessité de se conformer aux normes internationales. Une politique fiscale compétitive est essentielle pour attirer l'investissement direct étranger, favoriser la croissance économique et la création d'emplois car elle encourage les sociétés et multinationales à s'implanter à Maurice ou à y développer leurs activités.

Selon vous, quelles sont les principales tendances du secteur qui façonnent l'avenir du pays en tant que centre financier international (IFC) ?

Nous cherchons d'abord à consolider notre position en tant que hub pour l'Afrique, tant pour les fonds que pour les investissements transfrontaliers, tout en nous positionnant comme le point de rayonnement sur l'Afrique pour les HNWI. Nous pensons avoir les atouts, grâce à notre cadre juridique et nos compétences, pour attirer ces personnes qui recherchent des services de gestion de patrimoine, des produits financiers structurés et des services financiers transfrontaliers. Le potentiel de croissance de ce segment est important. Selon le rapport 2024 de Henley Private Wealth, 5 100 HNWI ont déjà élu domicile à Maurice, soit la 6e plus forte concentration en Afrique.

Quand on sait que la population de millionnaires en dollars devrait connaître une augmentation de 95 % dans les dix ans à venir, on mesure les nombreuses opportunités à saisir pour Maurice. D'autre part, Maurice se positionne résolument sur le créneau de la fintech et des actifs virtuels. La juridiction a ainsi adopté un cadre réglementaire avant-gardiste, notamment avec la Virtual Assets and Initial Token Offering Services (VAITOS) Act de 2021. Nous avons continué sur cette lancée avec l'annonce d'un Electronic Trade Document Bill dans le dernier discours du Budget. Cela traduit la volonté des autorités et des opérateurs du secteur de consolider l'écosystème qui soutient la fintech, les actifs virtuels et la sécurisation des opérations et transactions électroniques.

Comment Maurice s'assure-t-il de rester compétitif en tant qu'IFC privilégié dans la région ?

Les juridictions concurrentes comme Dubaï ou Singapour continuent à consentir d'importants efforts pour attirer de nouveaux investisseurs et clients. Face à cela, l'adaptation et l'innovation sont les deux enjeux importants pour faire face à cette concurrence accrue. Une des priorités énoncées dans le Five-Year Strategy for the Financial Services Sector du gouvernement est l'amélioration du Ease of Doing Business à Maurice à travers la simplification des procédures administratives et l'utilisation de facilités numériques afin d'accélérer les procédures de KYC et d'assentiment, par exemple.

Cela implique aussi la consolidation de notre capacité institutionnelle aussi bien en moyens humains que technologiques. Parallèlement, il est important de moderniser et diversifier l'offre de produits et services de notre MIFC. Plusieurs segments ont un potentiel de croissance important, notamment la fintech, la finance durable, la gestion de patrimoine, les family offices et le marché des capitaux.

Par ailleurs, les opérateurs des services financiers à Maurice doivent faire face à un manque chronique de main-d'oeuvre, ce qui empêche la montée en gamme du secteur et limite sa capacité à capter davantage de clientèle. L'élaboration de programmes de formation dédiés aux services financiers, de meilleures incitations pour rejoindre l'industrie et une politique visant à attirer des experts étrangers et la diaspora mauricienne sont quelques initiatives qu'il nous faudra soutenir.

La compétitivité du MIFC ne peut s'envisager sans des efforts constants pour le promouvoir et accentuer sa visibilité à l'international. Il est donc important de consolider l'image de marque de notre centre financier. Cela implique, notamment, une présence accrue dans les grands salons et évènements internationaux liés aux services financiers.

Pouvez-vous discuter du rôle que Maurice a joué en tant qu'IFC dans la facilitation des investissements transfrontaliers ?

Le MIFC a joué et continue à jouer un rôle crucial dans la facilitation des investissements transfrontaliers, surtout en Afrique. Notre système politique, légal et réglementaire très sûr et stable ainsi que notre vaste réseau de traités fiscaux et de protection d'investissements font de Maurice la plateforme de choix pour les investisseurs qui cherchent à développer leurs activités en Afrique. Le succès et la crédibilité de notre IFC se mesurent ainsi par le fait que 450 fonds de capitalinvestissement focalisés sur l'Afrique sont domiciliés à Maurice. À juin 2021, près de 40 milliards USD ont été investis en Afrique à travers des structures basées à Maurice.

Conscient du potentiel de l'Afrique, le gouvernement réactualise l'Africa Strategy de Maurice en tablant sur la diplomatie économique et des réformes institutionnelles ciblées afin de consolider la position de Maurice comme plateforme de choix pour les investissements et le financement de projets de développement sur le continent. En accordant un soutien accru au segment fintech, à travers la Regulatory Sandbox et la mise sur pied d'un Innovation Hub, la Financial Services Commission (FSC) développe également la capacité du MIFC à proposer des services innovants ou encore à lancer des projets pilotes liés à l'investissement en Afrique. Cette approche a le mérite de non seulement aider les entreprises mauriciennes mais aussi de permettre à des entreprises fintech étrangères de prendre avantage de notre cadre réglementaire pour tester des solutions taillées sur mesure pour l'Afrique. D'abord à petite échelle à Maurice, avant de les déployer sur le continent.

Quelles initiatives sont en place pour attirer de nouveaux secteurs ou services financiers innovants ?

Le Budget 2025-2026 intègre l'activité de bullion banking dans la palette de services que peuvent offrir les banques privées. C'est une mesure qui peut attirer les investisseurs étrangers et ainsi permettre la création d'emplois spécialisés. L'annonce d'un cadre dédié aux permis liés à l'activité de gestion de patrimoine et de family offices est également une avancée intéressante car elle permettra aux professionnels des services financiers d'offrir une palette de services intégrés allant du conseil au succession planning en passant par les structurations de fonds transfrontaliers.

La VAITOS Act de 2021 avait déjà établi le cadre légal permettant l'activité des Virtual Asset Service Providers (VASPs) and Initial Token Offerings. La VAITOS Act réactualisée permettra à la FSC d'autoriser l'activité de nouveaux prestataires de services dans l'opération de plateformes d'échanges, les services de wallets et de dépositaires et courtiers d'actifs virtuels, entre autres.

À l'horizon des cinq à dix prochaines années, quelle est votre vision du secteur financier mauricien, notamment dans un paysage mondial en rapide évolution ?

Si d'autres centres financiers internationaux de petite taille peinent à s'établir sur le plan mondial, à Maurice nous avons su capitaliser sur nos forces avec un cadre légal et réglementaire moderne et solide ; un écosystème politique et financier stable et sûr ; une main-d'oeuvre de qualité ; ainsi que nos relations étroites avec l'Afrique et l'Asie.

Le capital de crédibilité dont nous disposons aujourd'hui a été bâti grâce à une stratégie cohérente et volontariste. Il faut désormais passer à un palier supérieur, d'abord en éliminant les faiblesses qui ont déjà été diagnostiquées pour ensuite se focaliser sur l'essentiel - l'innovation et l'adaptation face aux nouveaux défis de la concurrence et d'un contexte géopolitique volatil.

Par ailleurs, il nous faut aussi mieux intégrer les maillons essentiels que sont la diplomatie, la réglementation, la politique économique et le branding, qui ont contribué à consolider le MIFC pendant ces dernières années. Maurice est déjà une plateforme de choix pour les investissements transfrontaliers entre l'Afrique et l'Asie. Notre ambition est de devenir le centre financier incontournable pour tout investisseur souhaitant s'implanter sur ces marchés. Car nous offrons l'ensemble des services dont un investisseur a besoin pour y développer ses activités ou gérer son patrimoine.

AllAfrica publie environ 400 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.