Le président Bassirou Diomaye Faye a présidé hier, mercredi 22 octobre un Conseil des ministres sur l'avenir de la gouvernance financière du Sénégal. L'exécutif a adopté une série de décrets visant à muscler le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
Au coeur de cette réforme figure la création d'un Comité national de coordination, structure inédite chargée de fédérer l'action des différents acteurs impliqués dans la détection et la prévention des opérations suspectes. Police, justice, autorités financières et douanes devront désormais travailler de concert sous l'égide de cet organe centralisateur.
« La coordination interinstitutionnelle était le maillon faible de notre dispositif. Ce comité va combler ce vide », explique le ministère des Finances. Autre mesure phare : l'extension du contrôle aux acteurs du secteur non financier, jusque-là peu surveillés.
Notaires, agents immobiliers, casinos et même organisations non gouvernementales seront désormais soumis à des obligations strictes en matière de vigilance et de déclaration des transactions suspectes.
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Cette décision répond aux recommandations du Groupe d'action financière (GAFI), l'organisme international de référence en la matière. Ces professions constituent en effet des points d'entrée privilégiés pour le recyclage d'argent sale, permettant de contourner le système bancaire classique. « Un appartement acheté en liquide, une donation mystérieuse chez un notaire... Ces circuits parallèles doivent être contrôlés », souligne un expert en criminalité financière sous anonymat.
Dans une logique de transparence globale, le Conseil des ministres a aussi validé un décret fixant les redevances issues de la régulation du secteur pharmaceutique. Si le lien avec la lutte anti-blanchiment semble indirect, cette mesure traduit la volonté gouvernementale d'assainir un secteur sensible, parfois gangréné par la corruption et les surfacturations.
Des ambitions à l'épreuve du terrain
Si l'arsenal juridique se renforce, reste à savoir si les moyens suivront. La formation des professionnels du secteur non financier, souvent peu familiers de ces obligations, représente un défi majeur. Le nouveau Comité national devra également disposer de ressources humaines et techniques suffisantes pour remplir sa mission. En clair, on peut voter tous les décrets du monde. Sans inspecteurs formés et équipés, ça restera du papier».
Au-delà des aspects techniques, cette offensive contre les flux illicites porte une dimension éminemment politique. Arrivé au pouvoir avec la promesse de rupture, Bassirou Diomaye Faye envoie un message clair à la communauté financière internationale : le Sénégal entend respecter les standards mondiaux et reprendre le contrôle de ses circuits financiers.
Dans un contexte régional marqué par l'insécurité et les trafics transfrontaliers, ces réformes pourraient également renforcer la crédibilité du pays auprès de ses partenaires étrangers et faciliter l'accès aux financements internationaux. Le gouvernement sénégalais joue gros. La réussite de cette réforme conditionnera en partie la capacité du pays à attirer les investissements tout en préservant l'intégrité de son système financier.