Afrique de l'Est: Arrestation à l'Île Maurice du puissant homme d'affaires malgache Mamy Ravatomanga

C'était une journée cruciale dans l'affaire du milliardaire malgache Mamy Ravatomanga, proche de l'ex-président Andry Rajoelina, arrivé à Maurice à bord d'un jet privé il y a deux semaines, peu après l'intervention des militaires du Capsat, qui ont depuis pris le pouvoir à Madagascar. L'homme d'affaires a été informé ce vendredi 24 octobre de son arrestation pour détournement de fonds et blanchiment d'argent. Hospitalisé dans une clinique privée, il est désormais placé sous surveillance de la Commission mauricienne des crimes financiers. Ses proches sont aussi dans le viseur de la justice mauricienne.

Cette journée rocambolesque à Maurice a commencé par l'audition de la femme de l'homme d'affaires Mamy Ravatomanga par la Commission des crimes financiers (FCC), rapporte notre correspondant à Port-Louis, Patrick Hilbert. Elle s'est terminé sur l'arrestation de Jean-Christian Thomas, présenté comme l'homme à tout faire du puissant homme d'affaires malgache. Celui-ci a quitté le quartier-général de la FCC menottes aux poignets, en début de soirée. Selon nos sources, il aurait joué plusieurs rôles dans la gestion des affaires du milliardaire.

Arrivé à Maurice le 12 octobre dernier à bord d'un jet privé, en pleins troubles politiques à Madagascar, Mamy Ravatomanga a été informé, lui aussi, un peu plus tôt dans la journée, de son arrestation par la Commission mauricienne des crimes financiers pour détournement de fonds et blanchiment d'argent. Hospitalisé depuis une semaine dans une clinique privée, il se trouve désormais sous surveillance policière constante, en attendant son interrogatoire.

L'homme d'affaires rejette les accusations

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Dans une déclaration sous serment déposé devant la Cour suprême, le 23 octobre, Mamy Ravatomanga rejette en bloc les accusations de détournement et de blanchiment de fonds formulées par la Commission des crimes financiers. Il dénonce aussi les « restriction arbitraires » dont il fait l'objet.

L'homme d'affaires, qui est aussi Consul honoraire de la Côte d'Ivoire et de la Serbie à Madagascar, se plaint de n'avoir bénéficié d'aucune protection diplomatique, alors que ses avoirs ont été gelés à la demande de la FCC. Toute cette affaire trouve son origine dans une plainte déposée le 14 octobre par un ressortissant malgache, membre de la Gen Z résidant à Maurice.

Or, selon Ravatomanga, cette procédure s'appuie sur une enquête du Parquet national financier français, close depuis juillet 2023, pour « absence d'éléments objectifs de corruption ». De son côté, la Commission mauricienne soutient disposer de « renseignements crédibles » faisant état de transferts suspects d'importantes sommes d'argent vers Maurice, avec l'intention de les déplacer ensuite vers une autre juridiction. Ces soupçons ont conduit la Commission à demander et obtenir auprès de la Cour suprême un gel des avoirs bancaires du milliardaire, de son épouse et de leurs sociétés sur le territoire mauricien.

La déclaration sous serment mentionne une somme s'élevant à plus de 120 millions d'euros, mais « il n'y a pas eu de tel transfert récent effectué par moi ou par un membre de ma famille » assure Mamy Ravatomanga dans sa déclaration. L'homme d'affaires demande donc la levée du gel de ses avoirs et la restitution de sa liberté de déplacement, y compris la possibilité de quitter le territoire mauricien. Ce vendredi 24 octobre, son épouse, Ramy Ravatomanga, a été interrogée par les enquêteurs avant d'être autorisée à repartir.

Une arrestation qui fait réagir à Madagascar

La nouvelle de la mise en état d'arrestation du redouté homme d'affaires Mamy Ravatomanga, ce vendredi, à Maurice, a mis du temps à être relayée à Madagascar. Cet ancien proche d'Andry Rajoelina est tellement redouté qu'il est encore difficile pour certains de prononcer son nom.

C'était inimaginable, il y a encore deux semaines : le puissant Mamy Ravatomanga, en état d'arrestation et sommé de rendre des comptes auprès de la Commission des Crimes Financiers de l'île Maurice. Lors des récentes manifestations de la jeunesse, l'homme d'affaires était désigné comme un symbole de la corruption à Madagascar. L'une des figures de la Gen Z, Elliot Randriamandrato, a confié sa réaction à l'envoyée spéciale de RFI à Antananarivo, Liza Fabbian.

« Il y a quelque temps, c'était impossible de voir ça, ne serait-ce qu'une arrestation, vu son statut à Madagascar. Mais, je pense que la justice malgache, la justice mauricienne, la FCC, doivent rester très prudents. Tous les moyens doivent être mis pour que cette arrestation soit réellement effective, qu'il puisse répondre de ses actes, et que ses avoirs gelés puissent servir ensuite pour éventuellement revenir à l'État malgache ».

Même vigilance du côté d'Hony Radert, la secrétaire générale du collectif des citoyens et organisations citoyennes. « J'espère en tout cas que cela va aller jusqu'au bout et en même temps, on espère que cela va donner un bon exemple à Madagascar. Il est grand temps que l'impunité cesse et que les personnes qui pratiquent les détournements et les abus de pouvoirs soient sanctionnés. Une justice qui fonctionne, c'est tout ce que l'on demande aujourd'hui dans le cadre de la Refondation. »

Engager des poursuites contre Mamy Ravatomanga serait un signal fort et un bon moyen pour les nouvelles autorités de légitimer leur pouvoir, estime un diplomate en poste dans la capitale malgache.

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