Soudan: Le risque d'atrocités à grande échelle à El Fasher augmente « de jour en jour »

Des véhicules traversent la place du mausolée John Garang à Juba, au Soudan du Sud
27 Octobre 2025

De graves atrocités, notamment des exécutions sommaires, seraient perpétrées à El Fasher, la capitale régionale du Darfour, par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), a prévenu lundi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH).

Le Haut-Commissariat a reçu des informations faisant état d'exécutions sommaires de civils tentant de fuir El Fasher, dernier bastion du gouvernement militaire soudanais - avec des indices de motivations ethniques - et d'anciens combattants ayant déposé les armes, ce qui est interdit par le droit humanitaire.

« Le risque de nouvelles violations et atrocités à grande échelle, motivées par des considérations ethniques, à El Fasher augmente de jour en jour », a averti Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.

Des mesures urgentes et concrètes

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« Des mesures urgentes et concrètes doivent être prises pour assurer la protection des civils à El Fasher et un passage sûr pour ceux qui tentent de trouver une sécurité relative ».

Ces rapports alarmants surviennent alors que la situation humanitaire au Soudan continue de se détériorer depuis le début du conflit en 2023. Avec plus de 12 millions de personnes déplacées ou apatrides et plus de 24 millions souffrant de la faim, la crise soudanaise est considérée comme l'une des plus graves au monde.

Des centaines de personnes auraient été arrêtées alors qu'elles tentaient de fuir, dont un journaliste, a précisé le HCDH. De nombreux civils, dont des bénévoles humanitaires locaux, ont également été tués la semaine dernière suite à des bombardements d'artillerie lourde.

Ingérence extérieure

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a déclaré lundi aux journalistes, lors de sa visite en Asie du Sud-Est, que cette situation marquait une « terrible escalade » du conflit, soulignant qu'il était temps pour la communauté internationale de dénoncer les pays qui interviennent dans la guerre et « fournissent des armes » aux belligérants, et de les exhorter à conclure un cessez-le-feu.

M. Guterres a souligné que le problème ne réside pas seulement dans les combats entre l'armée et les FSR, mais aussi dans l'« ingérence extérieure » croissante qui compromet les perspectives de cessez-le-feu et de solution politique.

Malnutris et traumatisés

« Les civils qui fuient El Fasher sont souvent retenus contre rançon le long de la route, dont une partie est contrôlée par des milices », a déclaré Denise Brown, Coordinatrice humanitaire de l'ONU pour le Soudan, lors de la conférence de presse de lundi.

Elle a déclaré que les organisations humanitaires recevaient des adultes et des enfants « déshydratés, mal nourris, certains blessés et tous traumatisés ».

Selon des informations reçues par le HCDH, cinq hommes ont été exécutés par les FSR pour avoir tenté d'apporter des vivres dans la ville, soumise depuis 18 mois à un blocus imposé par les paramilitaires des FSR - en lutte pour le pouvoir dans le cadre d'une guerre civile brutale avec l'armée.

Mme Brown a déclaré que certaines des victimes des FSR étaient prétendument accusées de soutenir les Forces armées soudanaises (FAS) et que les informations reçues suggèrent que des dizaines de civils ont été tués.

Elle a souligné que la situation financière désastreuse (seulement 27 % des fonds demandés) n'a pas permis à l'ONU de répondre aux besoins des personnes « traumatisées, violées et affamées ».

Les travailleurs humanitaires en danger

Près de 130 travailleurs humanitaires ont été tués depuis le début du conflit en avril 2023, et des volontaires ont été tués à El Fasher, a indiqué Mme Brown.

« Ces personnes constituent l'épine dorsale de la réponse humanitaire dans les zones les plus difficiles et sont également protégées par le droit international humanitaire », a-t-elle ajouté.

M. Türk a réitéré que les commandants des FSR ont l'obligation, en vertu du droit international, de protéger les civils et d'assurer le passage sûr de l'aide humanitaire.

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