Cameroun: Gérontocratie au pays - La sagesse de l'âge face au défi du renouveau politique

29 Octobre 2025

La question de l'âge des dirigeants anime avec une acuité particulière le débat public au Cameroun, où la classe politique est majoritairement composée de personnalités âgées de soixante-dix ans et plus. Cette réalité interroge la nature même du pouvoir et sa représentativité dans un pays où la majorité de la population est jeune. Alors que certains y voient la garantie d'une sagesse et expérience précieuses pour la stabilité nationale, d'autres y perçoivent un frein structurel à l'émergence de nouvelles idées et une déconnexion préoccupante avec les aspirations de la jeunesse.

Au cœur de ce débat se trouve la figure présidentielle. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et réélu frauduleusement à l'élection présidentielle du 12 octobre 2025 à l'âge de 92 ans, en est l'illustration la plus marquante . Sa longévité au sommet de l'État a été rendue possible par une révision constitutionnelle en 2008, qui a aboli la limitation du nombre de mandats présidentiels, ouvrant la voie à une présidence potentiellement à vie . Cette concentration du pouvoir entre les mains d'une génération suscite des inquiétudes concernant le renouvellement générationnel au sein des institutions. Le système politique actuel, souvent décrit comme un « État unitaire décentralisé », semble en effet accorder une prime à l'ancienneté et à la longévité, au détriment d'une transition dynamique vers de nouveaux leaders .

Les partisans de cette gérontocratie en place défendent l'idée que l'âge avancé des dirigeants est synonyme de maturité politique, de mémoire institutionnelle et d'une capacité à naviguer dans les eaux complexes des relations internationales et des équilibres internes. Ils estiment que cette sagesse et expérience accumulée est un rempart contre l'impulsivité et garantit une gestion prudente des affaires de l'État. Cependant, cette vision est de plus en plus contestée. Pour une grande partie de la société civile et de l'opposition, l'âge avancé des plus hauts responsables engendre un immobilisme certain et un fossé grandissant avec les réalités vécues par une population jeune et en demande de changements structurels rapides .

Cette déconnexion préoccupante se manifeste par des difficultés à intégrer les priorités de la jeunesse, comme l'emploi, l'innovation numérique et l'entrepreneuriat, au coeur de l'action gouvernementale. La répression des manifestations et l'intimidation des journalistes critiques, documentées par des observateurs internationaux, sont perçues comme des symptômes d'un pouvoir qui peine à dialoguer avec les forces vives de la nation .

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