La Cour constitutionnelle béninoise a douché les espoirs de l'opposition de prendre part à la présidentielle d'avril 2016. En validant le 27 octobre dernier 2 tickets de candidatures pour ce scrutin, elle a confirmé la décision de la commission électorale nationale autonome (CENA), publiée 5 jours plus tôt.
Romuald Wadagni et sa colistière, Mariam Chabi Talata, des partis de la mouvance du président sortant, Union Progressiste Le Renouveau et le Bloc Républicain (UPR/BR), ainsi que le duo Paul Hounkpè/ Judicaël Hounwanou de l'opposition modérée, regroupée au sein du parti Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE), ont perdu leur poil à gratter.
En effet, le ticket Me Renaud Agbodjo/ Jude Bonaventure Lodjou du parti Les Démocrates, passe aux yeux des Béninois comme la vraie opposition à la politique de Patrice Talon. Il pouvait donner le change en argumentaires et propositions alternatives à l'actuel ministre de l'Economie et des Finances, Romuald Wadagni, promu dauphin à la mi-septembre 2025. Hélas, le verbe de Me Renaud dont bien de Béninois apprécient la clarté va leur manquer lors des joutes de la campagne pour la présidentielle à venir.
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Le duo Paul Hounkpè/Judicaël Hounwanou passe pour des candidats de moindre charisme. Il sera dans une posture de fair-valoir d'une démocratie béninoise qui perd de ses lustres depuis que Patrice Talon use de reformes ou de procès pour supprimer le multipartisme intégral, réduire des opposants au silence, en prison, ou en exil comme Sébastien Adjavon, Joël Aïvo, ou Rekya Mandougou.
Patrice Talon qui a battu Lionel Zinsou que Boni Yayi avait préparé pour lui succéder en 2016 avait une image policée d'un homme d'affaires fortuné, loin des intrigues politiciennes dont certains de ses prédécesseurs portaient l'opprobre : Nicéphore Soglo, le technocrate, portée par la conférence nationale souveraine, et le discours de la Baule qui a refondé le multipartisme à la suite du régime militaire, tendance marxiste léninisme de Mathieu Kérékou (1975- 1990) ; Boni Yayi (2006-2016), le banquier et financier international, qui a forcé les partis au regroupement pour créer la Force Cauris pour un Benin émergeant et intrigué pour placer Lionel Zinsou comme candidat à sa succession, sont des exemples.
En 2016, Patrice Talon paraissait donc comme un politique neuf, sur qui pouvait compter le Quartier Latin ouest-africain pour maintenir sa démocratie à flot. En effet, le succès de la conférence nationale souveraine au Benin en 1990, avait inspiré plus d'un pays d'Afrique francophone subsaharienne pour briser le monolithisme politique, férule que les partis uniques faisaient peser sur bien des Etats : Mali, Niger, Côte d'Ivoire, Togo, RD Congo, etc. A la suite de sa conférence nationale souveraine, les alternances pacifiques à la tête du Benin, en 1996, 2006, 2016, en faisait l'une des vitrines démocratiques des pays subsahariens francophones.
« L'homme neuf », que l'on disait désintéressé du pouvoir, venu donner un coup de pied dans la fourmilière de ceux qui en avaient fait un gagne-pain, Patrice Talon, n'est pas loin de décevoir les Béninois qui plaçaient ce pays en bonne place d'une démocratie exemplaire. Le neuf a pris du vieux, lui qui n'a pas respecté sa promesse de ne faire qu'un mandat mais est accusé d'avoir eu la main lourde dans l'infortune de certains de ses adversaires.
Même au sein de la Mouvance présidentielle, il a joué habilement pour que sa vice-présidente, Mariam Chabi Talata, cède le fauteuil de dauphin à son ministre des Finances, Romuald Wadagni. De quoi donner du grain à moudre aux langues pendues qui disent qu'il a joué un tour pendable à la vraie opposition, celle qui pouvait donner du fil à retordre à son dauphin lors de la prochaine présidentielle.
De fait, Les Démocrates ont vu leur duo de candidats être retoqués pour insuffisance de parrainage. La faute à un élu de leur propre parti qui, après avoir rempli et signé la fiche de parrainage, s'est rétracté, en demandant à la justice d'annuler son parrainage. La justice lui a donné raison au moment où la CENA devrait valider les candidatures. Ce parrainage ennulé justifie la décision de la Cour constitutionnelle.
L'élu qui a retiré son parrainage dit n'être plus d'accord avec le choix de son parti, pour Me Renaud Agbodjo et son colistier. De quoi créer un remous, non seulement de mécontents à la base du parti mais un malaise de fissure au sommet. Le retrait tardif du parrainage fait dire aux contempteurs de la Mouvance présidentielle que celle-ci y est pour quelque chose. Oui ou non l'élu rétif a été acheté, ou s'est rétracté de lui-même ? Dans l'un ou l'autre cas, il a tiré où aider à tirer une balle dans le pied de l'opposition.