Mali: Le dilemme des contingences

30 Octobre 2025

Le régime du Général d’armée Assimi Goïta est bien dans la tourmente aujourd’hui, et c’est un truisme de le dire. La conjoncture de la crise sécuritaire et ses excroissances ont en effet dévié la trajectoire de la transition, dont le terme, il est vrai, a été maintes fois reporté.

L’objectif stratégique de mise en place de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) pour faire face, de manière collective, à la menace Djihadiste semble de plus en plus éloigné, pour des raisons que la plupart des observateurs assignent à une évaluation biaisée de l’état des forces en face, qui rend particulièrement difficile la mission des Forces Armées Maliennes (FAMA) de plus en plus éprouvées sur le terrain, et qui véritablement n’ont pas les ressources militaires et technologiques pour faire face, dans un conflit qu’elles ont presque perdu.

Sur le terrain d’ailleurs, on constate qu’il y a un changement radical de stratégie des troupes djihadistes, qui ont délibérément abandonné la confrontation armée sur le terrain, pour opter pour l’étouffement économique du pays, et particulièrement par le blocus imposé sur le ravitaillement en carburant du pays et notamment de la capitale Bamako.

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Depuis quelques semaines en effet, quasiment toutes les voies qui rallient le Mali sont quasiment déclarées infréquentables, parce qu'il y a un taux d’insécurité très élevé que les transporteurs des pays voisins refusent de braver. L’exemple des chauffeurs sénégalais qui ont été pris en otage illustre bien le niveau de risque qu’il y a sur les différents axes. Les États voisins aussi ont donné des consignes de prudence à leurs ressortissants qui pourraient voyager vers le Mali, réduisant drastiquement le flux de marchandises pour un pays sans littoral, qui dépend beaucoup de ses voisins sénégalais et ivoiriens.

Tous ces éléments combinés ont fait que la situation de pénurie s’est installée au fur et à mesure dans le pays au point de créer une sorte « d’état d’urgence ». La solidarité tant attendue des pays de l’AES, a du mal à prospérer, les alliés eux-mêmes font face aux mêmes difficultés, qui en plus d’être sécuritaires, sont aujourd’hui économiques et sociales en interne.

La récente mesure de fermeture des écoles est venue s'ajouter à la crainte de voir le pays sous un système de rationnement. Les longues files d’attente devant les stations sont un signe avant-coureur de ce qui pourrait arriver. Il s’y ajoute que la fermeture des écoles et le maintien des élèves et étudiants pourraient à terme cristalliser un certain « ras le bol » de nature à déclencher des remous au sein de la population.

Il faut rappeler que le Mali n’a pas encore trouvé de réponse à la crise politique, qui avait mené à la suspension de la charte sur les partis politiques, et aux emprisonnements de leaders politiques comme les anciens 1er ministres Moussa Mara et Choguel Maiga.

Aujourd’hui encore, on cherche les fils du dialogue, une fois que le constat a été fait que les départs successifs de la Minusma, de la force Barkane, de Takuba, de Wagner et d'Africa Corps, n’ont rien changé fondamentalement dans la situation sécuritaire, pour ouvrir la voie au retour à la démocratie, même si la fin du mandat de Goita est en 2030, si l’on se réfère aux recommandations des assises nationales de la refondation, et adoptées en conseil des ministres. On a, en effet, fait table rase de la période transitoire de 2021-25.

D’ici là, il faut le dire, le challenge et le tempo imposés par les circonstances ne laissent pas beaucoup de marge au régime malien, appelé à se déployer sur plusieurs fronts, et parfois seul, tout en gérant les urgences internes, sous le regard des pays voisins qui ne mesurent pas à proprement parler le haut risque sécuritaire qui plane sur l’Afrique de l’ouest en cas de victoire du Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), groupe terroriste proche d'Al Qaida sur les troupes maliennes.

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