Ile Maurice: Le grand chantier du PRB - Restaurer la confiance des fonctionnaires

Le prochain rapport du Pay Research Bureau (PRB), attendu pour janvier 2026, suscite déjà de vifs débats. La Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) a tenu, jeudi à Port-Louis, une conférence de presse pour exprimer ses inquiétudes et rappeler ses attentes. Entre frustrations salariales, crainte de pertes d'avantages et appel à une réforme en profondeur, les syndicalistes réclament un rapport «juste, indépendant et réaliste».

Le Vinesh Sewsurn, président de la FCSOU, a d'emblée rappelé la mission du PRB : «Tout travailleur, quel que soit son secteur, doit bénéficier d'un emploi décent, avec des conditions réalistes et une rémunération appropriée.» Le dernier rapport datant de 2021 avait été publié dans un contexte marqué par la pandémie. Depuis, le pays a connu de profondes mutations économiques, notamment la révision du salaire minimum. «Les fonctionnaires ont perdu deux ans de relativité salariale. L'attente est donc énorme», affirme le Dr Sewsurn.

Il cite l'exemple d'un general worker rémunéré à Rs 10 250, sans compensation ni allowance : «Cela crée une frustration grandissante parmi les fonctionnaires. Certains, avec des années de service, gagnent à peine plus qu'un nouvel entrant dans un autre secteur.»

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Pour la FCSOU, le PRB a un «travail magistral» à accomplir. Le syndicat met en garde contre toute tentative de dilution de la relativité salariale. «Nous prévenons le PRB : il ne faut pas noyer la révision salariale. L'allocation intérimaire de 5 % n'a pas résolu le problème. Nous attendons un quantum qui reflète la réalité», avertit le président.

Il insiste aussi sur l'importance de l'indépendance de l'institution : «Le PRB ne doit pas se cacher derrière les contraintes financières ou l'état de l'économie. Il doit présenter un rapport indépendant, basé sur la vie réelle des fonctionnaires.»

Selon lui, le rapport devra analyser l'impact du nouveau salaire minimum et l'évolution du coût de la vie au cours des cinq dernières années. «Beaucoup de familles peinent à terminer le mois. Le PRB doit corriger ces anomalies.»

Fonction publique en perte d'attractivité

Au-delà des chiffres, la FCSOU s'inquiète du désintérêt croissant pour la fonction publique. «Depuis quelques années, de nombreux jeunes préfèrent le privé ou l'étranger. Il faut que le PRB mène une étude pour comprendre pourquoi», avance le Dr Sewsurn.

Les conclusions d'une enquête interne de la fédération montrent que les conditions de travail et la rémunération sont les principales causes de ce désengagement. «Il faut redonner envie de servir dans le secteur public», plaide-t-il.

Parmi les propositions soumises au PRB, la FCSOU demande la réintroduction de l'incremental credit -- qui récompense les fonctionnaires obtenant de nouveaux diplômes -- en remplacement du lumpsum actuel. Le syndicat souhaite aussi un Performance-Based Bonus pour stimuler la motivation et la performance au sein du service public.

Autre revendication : renforcer le dialogue social. «Les représentants des travailleurs ne sont pas impliqués dans les comités décisionnels. Nous demandons la création d'un mécanisme tripartite, comme dans le privé», souligne la fédération. L'objectif : améliorer les relations industrielles et revaloriser les droits des employés.

Narendranath Gopee : «Le PRB ne peut travailler en isolation»

Le négociateur syndical Narendranath Gopee abonde dans le même sens. Selon lui, le PRB doit cesser de travailler «dans une bulle». «Nous avons soumis des propositions, mais aucune réponse n'a été donnée. Le PRB ne peut décider seul des termes et conditions de travail», déplore-t-il.

Le principal point de tension concerne le réalignement salarial. Le gouvernement avait accordé une hausse de 5 % sur le salaire de base, censée rétablir les écarts, mais cette mesure reste insuffisante. «Dans le privé, le réalignement peut atteindre Rs 4 925, alors que dans le public, il ne dépasse souvent pas Rs 2 000. Ce n'est pas équitable», souligne Narendranath Gopee. Selon les calculs de la FCSOU, un general worker devrait bénéficier d'un réalignement d'environ 46 %. «Toute augmentation du PRB doit être au-dessus de ce seuil, sinon les fonctionnaires seront lésés. Nous avons soumis nos chiffres au PRB, mais il garde le silence», dit-il.

La FCSOU appelle les fonctionnaires à rester attentifs. «Quand le rapport sera rendu public, il faudra se mobiliser. Nous devons comprendre la complexité du dossier, surtout le réalignement», exhorte Narendranath Gopee.

Le syndicat s'inquiète également de rumeurs persistantes concernant le retrait de certains privilèges, notamment le passage benefit ou le vacation benefit. «On parle de la suppression du passage benefit ou d'une réduction à 90 % de son utilisation pour les frais d'hôtel. Si cela se confirme, ce serait une régression sociale majeure», avertit-il.

Pour la FCSOU, le futur rapport PRB doit marquer un tournant. « Il doit corriger les injustices salariales, revoir les conditions de travail et redonner confiance à ceux qui assurent le bon fonctionnement de l'État », conclut le Dr Sewsurn.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 80 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.