Congo-Kinshasa: À Kalemie, un centre multisectoriel pour la prise en charge des violences basées sur le genre

RFI vous propose une série de reportages sur le Tanganyika en République démocratique du Congo. Une province de l'est du pays, frontalière avec le Maniema et le Sud-Kivu. Ce dernier volet nous emmène au Centre intégré de services multisectoriel de Kalemie. Derrière ce nom à rallonge se trouve un lieu de prise en charge globale des violences basées sur le genre ouvert en 2020. Soutenues par l'agence des Nations unies pour la santé reproductive (UNFPA), les équipes de cette structure peuvent intervenir auprès des victimes sur le plan médical, judiciaire, mais aussi psychologique.

Le Centre intégré de services multisectoriel de Kalemie se trouve dans l'enceinte de l'hôpital de référence de la ville. Passé l'entrée, il faut aller à l'extrémité de la parcelle et suivre les panneaux. C'est alors le docteur Lina Basika, la responsable, qui nous accueille dans cette structure qui reçoit une trentaine de patients chaque mois : « nous prenons ici en charge toute sorte de violences basées sur le genre, ainsi que des pathologies gynécologiques invalidantes. Et depuis que nous avons ouverts ce site en 2020, le centre est assez fréquenté par des patients qui viennent de toute la province. »

Ce jour-là, parmi les patientes, il y a Maria et sa mère. Toutes les deux ont fait une longue route pour arriver jusqu'ici. Elles ont été accueillies par le docteur Basika : « Elles viennent d'un village qui est à 25 kilomètres d'ici et elles sont arrivées par le véhicule du projet. On nous a signalé des cas de violences sexuelles dans cette communauté. Après leur arrivée, elles ont vu un psychologue et ont déjà commencé un traitement médical. »

Les deux femmes nous racontent avoir été victimes, il y a deux semaines, d'un viol collectif alors qu'elles allaient chercher du bois pour cuisiner. Leurs agresseurs, au nombre d'une dizaine, ont abusé d'elles jusqu'à ce qu'ils se fatiguent. Elles n'ont d'abord rien dit et sont rentrées chez elles et puis la douleur physique a été trop difficile à supporter.

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« J'ai vraiment très mal au niveau de mon ventre, confie la mère de Maria. C'est une douleur très importante et j'ai besoin d'être soignée. Je suis vraiment encore sous le choc de ce qui s'est passé. Après avoir parlé à la psychologue, je me sens un peu mieux, un peu réconfortée, mais je reste très choquée. »

Le suivi psychosocial indispensable pour les victimes de VBG

En arrivant au centre, Maria et sa mère ont donc parlé à un psychologue, une première pour elles. Elles vivent dans un village reculé où la santé mentale n'est pas pris en compte dans leur communauté. Et c'est le cas pour la plupart des victimes qui arrivent au centre. « La prise en charge psychologique, c'était quelque chose qui n'était pas vraiment connu par ici, tout était uniquement axé sur le médical, explique le docteur Basika. C'est en raison des conflits et des guerres que les psychologues ont commencé à travailler dans les communautés. »

Ce centre reste un modèle unique et indispensable dans cette province pour Parfait Caba Mihigo, l'un des responsables de l'agence des Nations unies pour la santé reproductive (UNFPA) à Kalemie : « En effet, le Tanganyika fait partie des provinces en RDC où la violence physique contre les femmes est particulièrement élevée. La cause principale de ces violences basées sur le genre, ce sont les inégalités, mais il y a aussi d'autres facteurs contributifs comme l'insécurité, la drogue, le non-respect des droits, l'impunité, parce que trop souvent les bourreaux ne sont pas appréhendés. »

Centraliser pour mieux répondre aux besoins

La justice, c'est l'un des points faibles de la lutte contre les violences basées sur le genre en RDC. D'où l'intérêt de tout centraliser pour Dr Salanga, coordonnateur UNFPA : « Avant l'ouverture de ce centre, qu'est-ce qu'il y avait comme réponse ? Une personne victime de violences sexuelles devait d'abord aller à l'hôpital pour se faire soigner d'éventuelles blessures et pour sa prise en charge médicale. Ensuite, cette victime devait aller dans un autre lieu pour une prise en charge psychosociale. Et après, encore dans une autre structure pour la partie judiciaire. C'était très décourageant et donc les victimes n'allaient pas au bout de ce processus. C'est pour cela que nous avons mis en place ce one-stop center, tous les besoins au même endroit. »

Maria et sa mère ne vont pas solliciter l'assistance juridique. Les deux femmes disent ne pas avoir vu leurs agresseurs et ne pas les connaitre. Elles veulent surtout guérir de leurs blessures et pouvoir rentrer chez elles après avoir été pris en charge globalement. « Ce qui est important ici, veut préciser le docteur Lina Basika, la directrice, c'est que le suivi s'adapte aux besoins de la survivante. On l'informe, on lui dit à quoi elle peut avoir accès et ce qui est possible, mais c'est elle qui prend la décision de faire un suivi psychologique ou de se lancer dans une procédure judiciaire. »

Un centre modèle qu'il faudrait dupliquer pour répondre aux besoins du Tanganyika en matière de lutte contre les violences basées sur le genre.

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