La FIJ déplore que depuis le lancement de cette journée commémorative par les Nations Unies il y a 12 ans, les intimidations et les violences perpétrées à l'encontre des journalistes n'aient cessé d'augmenter.
Les journalistes qui couvrent les manifestations sont battus, aspergés de bombe lacrymogène ou visés par des tirs de balles en caoutchouc, alors même qu'ils sont clairement identifiables comme « presse » grâce à leurs vêtements ou leurs gilets. Les rédactions sont vandalisées ou prises d'assaut par des individus non identifiés.
Les femmes journalistes, en particulier, sont la cible de campagnes de haine en ligne, de menaces de viol ou de mort, et de doxxing (divulgation d'informations permettant d'identifier une personne en ligne). Dans les cas les plus extrêmes, des reporters enquêtant sur le crime organisé ou la corruption disparaissent ou sont retrouvés morts dans des circonstances suspectes. Et de nombreux journalistes sont directement pris pour cible alors qu'ils exercent leur métier de reporter de guerre.
Depuis le début de l'année 2025, au moins 99 journalistes et professionnels des médias ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions, la majorité dans des zones de guerre : 50 à Gaza, en Palestine ; 8 en Ukraine ; et 6 au Soudan, selon les dernières statistiques de la FIJ.
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Selon l'UNESCO, seul un meurtre de journaliste sur dix fait l'objet d'une enquête.
Dans le cadre de sa campagne de cette année contre l'impunité, la FIJ a mis en avant quatre cas emblématiques qui restent à ce jour non résolus.
Shireen Abu Akleh, journaliste palestino-américaine travaillant pour Al Jazeera , a été tuée par un soldat israélien à Jénine, en Cisjordanie occupée, le 11 mai 2022, alors qu'elle effectuait un reportage. Elle portait un casque et un gilet pare-balles sur lesquels était inscrit le mot « presse ». Personne n'a jamais été déclaré responsable de son assassinat.
Frédéric Nérac, caméraman français pour ITN, a disparu en Irak le 22 mars 2003. Ni son corps ni aucune trace du reporter n'ont jamais été retrouvés, bien que sa carte d'identité ait, elle, été découverte.
Le journaliste d'investigation et dessinateur Prageeth Eknaligoda a été victime d'une disparition forcée le 24 janvier 2010 dans le quartier de Koswatte, à Colombo, au Sri Lanka. À ce jour, aucune enquête efficace n'a été menée et aucun responsable n'a été traduit en justice.
Le journaliste péruvien Hugo Bustíos Saavedra a été assassiné le 24 novembre 1988 par une patrouille de l'armée. En 2007, deux officiers ont été condamnés pour le meurtre du journaliste. Ils ont ensuite impliqué l'ancien général de l'armée Daniel Urresti Elera, qui a été condamné à 12 ans de prison pour avoir participé au meurtre. Il a fallu 36 ans pour que justice soit enfin rendue dans cette affaire.
La Présidente de la FIJ, Dominique Pradalié, a déclaré : « Laisser les assassins et les agresseurs de journalistes en liberté envoie le signal effrayant que les puissants peuvent faire taire des voix, détruire des familles, effacer des récits et échapper à toute responsabilité. Les familles de ces journalistes se retrouvent désemparées et impuissantes. Des communautés entières perdent l'accès à des informations vitales. Et le droit collectif à l'information est bafoué. La lutte contre l'impunité est une responsabilité universelle. Nous avons besoin d'un instrument international contraignant pour la protection des journalistes qui oblige les gouvernements à assumer leurs responsabilités et à agir pour mettre fin aux conséquences dévastatrices de l'impunité ».
La FIJ a demandé aux États membres de l'ONU de soutenir sa Convention internationale sur la sécurité et l'indépendance des journalistes.
« Les gouvernements doivent soutenir publiquement cette convention afin que l'Assemblée générale des Nations unies puisse l'adopter. Sinon, ce 2 novembre perd toute sa signification », a déclaré Pradalié.