Mali: Condamné au Mali pour avoir exprimé sa « solidarité indéfectible »

communiqué de presse

Les poursuites judiciaires à l'encontre de l'ancien premier ministre et sa condamnation à une peine de prison reflètent le rétrécissement de l'espace civique

Lundi, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité au Mali a condamné l'ancien Premier ministre Moussa Mara pour avoir publié un message en ligne exprimant sa solidarité avec les prisonniers politiques du pays. Ces poursuites judiciaires marquent une intensification de la répression de la liberté d'expression par la junte militaire.

Les autorités ont arrêté Moussa Mara en août pour avoir exprimé sa « solidarité indéfectible avec les détenus d'opinion » après avoir rendu visite à des détracteurs de la junte emprisonnés, et l'ont accusé d'« atteinte au crédit de l'État » et d'« incitation au trouble à l'ordre public ». Le tribunal l'a condamné à deux ans de prison, dont un sans possibilité de libération conditionnelle. La deuxième année a été suspendue.

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La condamnation de Moussa Mara, 50 ans, n'a pas grand-chose à voir avec sa publication sur les réseaux sociaux, mais elle aura des conséquences importantes. Les autorités ont utilisé cette affaire pour envoyer un message politique troublant : même un ancien chef du gouvernement n'est pas à l'abri de poursuites judiciaires s'il ose exprimer son opinion. La junte a clairement indiqué que des accusations vagues et générales telles qu'« atteinte au crédit de l'État » ou « diffusion de nouvelles fausses » peuvent être manipulées pour transformer des opinions personnelles et des critiques en infractions punissables. Et le recours au Pôle national de lutte contre la cybercriminalité n'est qu'un moyen supplémentaire pour la junte de contrôler la liberté d'expression en ligne et l'activisme numérique.

Depuis le coup d'État militaire de 2021 mené par le général Assimi Goïta, la junte malienne a démantelé les mécanismes de reddition des comptes, notamment en retirant le Mali des cadres juridiques régionaux et internationaux. Aujourd'hui, même montrer sa « solidarité indéfectible » envers des prisonniers est considéré comme une menace pour l'État.

L'affront à la justice que représente la condamnation de Moussa Mara montre que la promesse d'une transition démocratique au Mali est plus lointaine que jamais. Son cas n'est que l'évènement le plus récent témoignant du rétrécissement de l'espace civique et médiatique au Mali, et marque une étape importante dans la saisie de pleins pouvoirs par la junte.

Cette condamnation a été prononcée alors que le Mali est confronté à une recrudescence des attaques perpétrées par des groupes armés islamistes, qui ont conduit la junte à fermer temporairement toutes les écoles et universités. Mais interdire les partis politiques, arrêter les journalistes et les activistes, démanteler toute voie légale de contestation et, désormais, bafouer la liberté d'expression n'aidera pas les autorités à relever les réels défis auxquels le pays est confronté.

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