Ile Maurice: Quand nos enfants flirtent avec le diabète

C'est un cri d'alarme. Un avertissement sans filtre. «Si nous n'agissons pas maintenant, nous risquons de voir une génération où les parents survivront à leurs enfants», alerte, en page 2, le Dr K. Pauvaday.

Ses mots ont la gravité d'une prophétie que l'on voudrait ne jamais voir s'accomplir. Car les chiffres qu'il avance sont sans précédent : 44 % des adolescents mauriciens présentent un prédiabète. Presque un sur deux. Ce n'est plus un problème de santé publique : c'est une urgence nationale.

Le prédiabète, c'est cette zone grise où le sucre dans le sang dépasse la normale sans franchir le seuil du diabète. Une frontière invisible mais décisive : dans 80 % des cas, elle conduit au diabète dans les cinq ans.

Cette condition, longtemps considérée comme une maladie d'adulte, s'invite désormais chez les adolescents. À Maurice, elle touche les garçons comme les filles, indistinctement, et bien plus tôt qu'ailleurs. Dans le monde, la tendance est la même : aux États-Unis, un adolescent sur trois serait déjà prédiabétique. L'OMS parle d'une pandémie silencieuse - celle qui ne fait pas les gros titres mais ronge les corps de l'intérieur, lentement, jusqu'à provoquer infarctus, AVC, cécité, insuffisance rénale, voire impuissance.

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À l'échelle planétaire, elle coûte plus de mille milliards de dollars par an. À Maurice, elle engloutit déjà plus de 6,6 milliards de roupies.

Pourquoi nos jeunes ?

Parce qu'ils bougent moins. Parce qu'ils mangent trop mal. Parce qu'ils vivent dans un monde de vitesse, d'écrans et de tentations.

La science est claire : l'obésité multiplie par six le risque de diabète. Or, nos adolescents passent des heures devant leur téléphone, grignotant des produits ultra-transformés riches en sucre, en graisses et en sel. Le petit-déjeuner typique - sandwich frit, jus industriel, chips - devient un poison quotidien. À cela s'ajoute une sédentarité alarmante : moins d'un jeune sur cinq pratique une heure d'exercice par jour.

Ce n'est donc pas une fatalité génétique, mais un piège social et culturel. Celui d'une génération qui a troqué le ballon contre la manette, la salade contre le burger, la promenade contre le scroll infini.

Le Dr Pauvaday le répète : «Nous devons réinventer nos stratégies.» Il ne s'agit plus d'affiches fades dans les dispensaires, mais d'un changement de culture.

L'État doit agir avec le même courage politique qu'en 2006, lorsqu'il a interdit les fritures dans les cantines scolaires.

Mais l'effort doit aussi venir de la société tout entière : influenceurs, artistes, athlètes, enseignants - tous peuvent devenir les relais d'une nouvelle hygiène de vie.

Le prédiabète est réversible. C'est la bonne nouvelle. Il ne condamne pas : il avertit.

Une alimentation équilibrée, moins de sucre et de gras, plus de légumes et de mouvement peuvent inverser la courbe, parfois en quelques semaines.

Chaque jeune devrait connaître son taux de glycémie comme il connaît sa moyenne scolaire. Chaque parent devrait voir dans le repas familial un acte de prévention, pas seulement de partage. Car ce qui est en jeu dépasse la santé individuelle : c'est la survie d'une génération.

Maurice a su vaincre le paludisme. Elle a su alphabétiser sa population. Elle peut, si elle le veut, vaincre cette nouvelle épidémie. Mais pour cela, il faut plus qu'un plan d'action : il faut une volonté collective, un sursaut de société.

Ce combat commence à table, dans nos cours d'école, dans nos cuisines, sur nos terrains de sport. Et surtout, il commence maintenant.

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