Afrique: KRAK - L'appel aux réparations s'intensifie

La campagne internationale du Kolektif Reparasyon Avansman Kreol (KRAK) se poursuit.

C'est à Londres cette fois que José Moirt a présenté un rapport. C'était lors de la «UK Reparations Conference 2025», organisée par l'All Party Group for Afrikan Reparations, le 18 octobre dernier, en présence du député britannique Jeremy Corbyn.

First Nation People, concept appliqué à Maurice

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Le concept de First Nation People est plus connu en référence aux peuples indigènes du Canada. Dans le contexte local, le legal memorandum de KRAK remonte aux origines de la colonisation de notre île. A ces êtres réduits en esclavage durant la période hollandaise, ces premiers déportés, pour qui la reconnaissance comme les ancêtres du peuple créole mauricien est réclamée.

KRAK souligne le refus par nombre de ces esclavés de l'asservissement. Ils ont alors fui les plantations et la violence, établissant des «communautés libres, organisées, solidaires et autosuffisantes», affirme le KRAK. «Leur résistance fut si forte qu'en 1710, les Néerlandais abandonnèrent l'île, incapables de rétablir leur autorité. Ce n'était pas à cause des rats».

L'avocat José Moirt, s'appuyant sur le droit international en vigueur à l'époque, cite le terme terra nullius, c'est-à-dire que Maurice devint un territoire sans maître. Les descendants de ces premiers résistants affirment que cette période fonde leur légitimité à être reconnus comme le premier peuple de Maurice. Le socle pour la reconnaissance mais aussi la réparation. Le KRAK souligne également que la Cour internationale de justice, dans son avis sur le Sahara occidental (1975), rappelle qu'aucune puissance étrangère ne peut s'approprier un territoire sans le consente- ment du peuple qui y vit.

∎ Les «complots» d'Adrien d'Epinay

Figure controversée, Adrien d'Épinay (1794-1839) a été un avocat, propriétaire d'esclaves et homme politique. Il a mené une lutte acharnée contre les politiques abolitionnistes, allant jusqu'à organiser des expéditions pour traquer les esclaves en fuite et les prisonniers politiques. Parmi eux, le prince malgache Ratsitatane, évadé du Bagne en 1822, qui a été exécuté après un simulacre de procès.

Le KRAK souligne que d'Epinay a «défié ouvertement l'autorité du gouvernement impérial». Lorsque Londres promulgua en 1826 un décret interdisant aux administrateurs coloniaux de posséder des esclaves, d'Épinay monta une véritable campagne de résistance. En 1831, à la nomination de sir John Jeremie comme Procureur général, d'Épinay le traita d'«ennemi de nos institutions» et, à son arrivée à Maurice, Jeremie fut violemment pris à partie puis expulsé à trois reprises.

D'Épinay se rendit à deux reprises en Angleterre, en 1831 et 1833, pour défendre les intérêts des propriétaires d'esclaves. Il exigea une compensation financière, ce qui aboutit, en vertu de la Slave Compensation Act de 1837, au versement de plus de 2,1 millions de livres sterling -- l'équivalent d'environ 224 millions de livres actuelles -- aux propriétaires d'esclaves, dont Adrien d'Épinay lui-même.

Le KRAK rappelle que pendant ce temps, les anciens esclaves, rebaptisés «apprentis», continuèrent à travailler sans salaire jusqu'en 1839, date de la fin officielle de l'esclavage à Maurice. «Libérés sans terre, sans ressources ni indemnisation, ils furent laissés à eux-mêmes.»

La formule 36-16+9+1

Le KRAK critique les inégalités héritées. Selon José Moirt, les règles de répartition des sièges lors des élections générales ont institutionnalisé une formule «scientifique» : 36 sièges pour les hindous, 16 pour la population générale, 9 pour les musulmans et 1 pour les Mauriciens d'origine chinoise. «Douze joutes électorales ont montré que, quelle que soit la coalition au pouvoir, la composition de l'Assemblée nationale suivait strictement ce schéma.»

Ce système, selon le KRAK, a deux conséquences majeures : l'alternance au poste de Premier ministre entre deux dynasties -- les Ramgoolam et les Jugnauth -- depuis 1967, et la sous-représentation systématique de la population générale dont font partie les kreol. Aujourd'hui, trois ministres sur 25 au conseil des ministres (soit 12 %) sont issus de cette communauté.

∎ Un racisme institutionnalisé

Pour le KRAK, la Commission Vérité et Justice (2009-2011) a montré que l'État n'a jamais eu de plan clair pour construire une identité nationale ou garantir une véritable démocratie économique.

Le Comité des droits de l'homme de l'ONU et le CERD ont, à plusieurs re- prises, dénoncé la persistance des inégalités et de la discrimination raciale dans le pays, soulignant l'exclusion économique et politique des kreol. Des enquêtes ont confirmé que les fonctionnaires de l'État sont majoritairement d'origine indienne (91 %), tandis que les kreol représentent 5,9 % des effec- tifs, les Mauriciens d'origine chinoise 2,3 %.

Suite à cet exposé, le KRAK en appelle à des excuses publiques des Etats, de Maurice, du Royaume-Uni, de la France et des Pays Bas. Il y aura aussi une pétition qui sera circulée pour demander au parlement britannique une commission d'enquête dont le mandat sera de se pencher sur des actions concrètes de justice réparatrice.

José Moirt a rencontré John Dower cofondateur de Heirs of Slavery

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