Tanzanie: Crise post-électorale - Mamy Samia Suluhu compte ses morts

2 Novembre 2025
analyse

La Tanzanie est en deuil. En effet, cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une peste bubonique qui, comme en 2021, a ôté la vie à un haut dignitaire du pays, mais plutôt d'une répression d'une rare violence qui a coûté la vie à des Tanzaniens et Tanzaniennes qui manifestaient dans la rue pour dénoncer ce qu'ils appellent une parodie de scrutin.

Et la cheffe d'escadron n'est autre que la présidente sortante, Samia Suluhu Hassan, qui vient de se faire réélire avec près de 98% des voix. En effet, elle a bandé... les muscles pour ne pas dire qu'elle a sorti l'artillerie lourde contre les militants et sympathisants de l'opposition qui refusaient de s'en laisser conter. Le bilan fait froid dans le dos.

Car, selon l'opposition, près de 800 cadavres ont été laissés sur le carreau. Mais pour le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, au moins une dizaine de morts ont été enregistrés dans les affrontements qui ont opposé les forces de sécurité aux manifestants. De quel côté se situe la vérité ? Difficile, dans cette guerre des chiffres, de répondre à cette question. Mais quoi qu'il en soit, l'idéal aurait été que le scrutin se déroulât dans une atmosphère bon enfant de sorte qu'aucune vie ne soit fauchée. D'autres pays anglophones ont déjà réussi une telle prouesse.

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Tous les ingrédients d'une crise post-électorale étaient réunis

La Tanzanie aurait pu en faire autant. Malheureusement, le pays a donné à voir une très mauvaise image de lui au point que certains observateurs l'assimilent à la République du Gondwana. Du reste, pouvait-il en être autrement quand on sait que Suluhu Hassan, en prélude à la présidentielle, a travaillé à faire place nette, se donnant ainsi toutes les chances de succéder à elle-même ?

A preuve, bien des opposants ont été arrêtés et jetés en prison. D'autres ont été contraints à l'exil. Et ceux qui pensaient avoir échappé au rouleau compresseur de celle qui, depuis le décès de John Magufuli, dirige le pays d'une main de fer, ont été écartés du jeu politique. En clair, on peut dire, sans aucun risque de se tromper, que le décor était planté.

Tous les ingrédients d'une crise post-électorale étaient réunis. Si elle pensait donc que sa réélection allait se passer comme une lettre à la poste, Mamy Samia Hassan en aura eu pour ses frais ; elle qui, désormais, est en train de compter ses morts. Pour une mère qui est censée donner la vie, cela est pour le moins déplorable. La lutte pour le pouvoir ne saurait justifier certaines dérives surtout dans ce monde en pleine mutation où les peuples aspirent à plus de libertés.

Cela dit, Samia Suluhu saura-t-elle en prendre de la graine ? Rien n'est moins sûr surtout qu'elle est à la tête d'un parti-Etat qui régente la Tanzanie depuis plusieurs décennies. Ceci pouvant expliquer cela, on comprend pourquoi plutôt que de présenter ses condoléances et sa solidarité aux familles éplorées, elle a préféré, dans son adresse à la Nation, intervenue le 1er novembre dernier, condamner les manifestants tout en félicitant les forces de sécurité qui ont eu la gâchette facile.

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