Cameroun: Enfin c'est dit

Le suspense est levé. Les résultats de l'élection présidentielle camerounaise du 12 octobre certifiés par le Conseil Constitutionnel ont donné vainqueur le président sortant, Paul Biya, crédité de 53,66% de votes favorables. Le successeur de feu Ahmadou Ahidjo, en 1982, dans les circonstances bien différentes de celles qu'offre la compétition multipartite à travers le recours au suffrage universel direct, va entamer un nouveau septennat.

Dans plusieurs villes du pays des « Lions indomptables » des rugissements ont été entendus avant, pendant et après l'annonce du verdict car l'un des candidats, Issa Tchiroma Bakary, classé deuxième avec 35, 19 % des voix dénonçait une forfaiture. L'homme paraît déterminé à poursuivre ce qu'il appelle le combat pour la libération du pays.

Quarante-huit heures après le scrutin, l'opposant a pris tout le monde de court en se proclamant gagnant lors d'une communication à Garoua, dans le nord Cameroun, d'où il est originaire. Appelant le président Biya à « reconnaître sa défaite », le leader du FSNC (Front pour le salut national du Cameroun), avertissait en outre que ceux qui oseraient s'en prendre physiquement à sa personne devraient avant tout savoir qu'ils auraient affaire à un Tchiroma : un lion plus qu'indomptable ?

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Mais tout s'est ensuite déroulé comme on a pu le constater. Faisant valoir la force de la loi électorale qui dispose que les résultats de la présidentielle au Cameroun sont publiés dans la fourchette des quinze jours suivant le scrutin, les juges du Conseil Constitutionnel, et le camp même du président sortant, ont attendu l'évidence se produire effectivement le 26 octobre, avec la déclaration du verdict 15 jours francs après le scrutin. Alentour les partenaires extérieurs du Cameroun ont fait la fine bouche, d'autres, tout comme certains candidats, ont pris acte.

"Tiens, Issa, vient ! Prend la Primature et poursuivons la construction de notre cher beau pays ; notre Cameroun éternel, et le temps faisant, après lui avoir tout donné, ensemble, nous passerons la main à la jeune génération et laisserons la nation en paix". On a cru entendre le président Biya interpeller ainsi son ancien collaborateur de plusieurs décennies. Issa Tchiroma Bakary est en effet resté des années durant proche du nouvel élu avant de prendre ses distances en juin dernier disant oeuvrer pour le changement. De source médiatique, il n'aurait pas donné suite à la proposition « officieuse » du chef de l'État de prendre la tête du gouvernement.

Sortis nombreux dans la rue pour réclamer « le respect des résultats des urnes » qu'ils disent favorable à leur « protégé », les partisans du président du FSNC pourront être confrontés à la réalité des faits. D'une part les affrontements avec les forces de l'ordre ayant occasionné des pertes en vies humaines, leur mouvement pourra s'essouffler rapidement.

D'autre part, si le président Biya joue à fond la carte de l'apaisement en « réintégrant » Tchiroma dans le sérail comme Premier ministre, il est probable que l'accalmie surviendra. Mais un moment test est à venir : l'appel à des journées ville morte (du 3 au 5 novembre) lancé par ce dernier. Son ampleur consacrera le durcissement ou non des positions.

Le développement économique et social, la justice et le travail, c'est ce que les Camerounais, en colère ou non, réclament aujourd'hui. Quant au changement, en face ils ont bien deux dirigeants qui étaient il y a seulement cinq mois encore dans la même équipe. Si l'un est président, et l'autre Premier ministre, pourront-ils prendre l'opinion à témoin et s'engager à éviter toutes les violences postélectorales.

Y sont-ils disposés ? Question essentielle.

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