La campagne électorale pour le double scrutin présidentiel et législatif a démarré ce samedi 1er novembre 2025, pour 21 jours. Tant mieux, dira-t-on, au terme du processus de candidature qui a fait polémique, mais où l’on a noté le retour de la CEDEAO et de l’Union africaine comme observateurs.
Pour le premier scrutin, 12 candidats sont en lice, à l’exception notoire du leader du PAIGC, l’ex-Premier ministre Domingos Simoes Pereira, dont la candidature a été invalidée par la Cour suprême de Bissau pour forclusion. L’on se rappelle que celle-ci, qui a été portée par la coalition « Pai-Terra Ranka » comprenant une dizaine de partis pour la présidentielle et aux législatives, a été déclarée « sans existence juridique » et le dépôt de la candidature sous les couleurs du PAIGC a été fait hors délai, selon la Cour.
En revanche, on retrouve parmi les candidats deux figures marquantes de la vie politique, notamment le prédécesseur de Umaro Sissoco Embaló, le Président José Mario Vaz, qui a dirigé le pays de 2014 à 2019, et Baciro DIA, un ancien premier ministre.
En ce qui concerne les législatives, 14 listes ont toutefois été validées, sans bien sûr celle de Domingos S. Pereira, qui dans l’ancienne législature avait la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Ce qui donne un sérieux coup au pluralisme démocratique, du fait de l’absence du PAIGC, majoritaire de la dernière législature.
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Même si le rapport de force semble à priori pencher en faveur d'Umaro Sissoco Embaló, l’actuel président en exercice, qui a démarré sa campagne en fanfare avec sa large coalition « Unité pour la Guinée », regroupant 16 partis politiques, dont une frange du PAIGC ; qui a suivi le 1er ministre Braima Camara, il n’en reste pas moins que la tension est palpable, suite au supposé coup d’État militaire déjoué.
Les prochains jours nous diront comment les près de 900 000 électeurs bissau-guinéens vont départager les différents candidats, et quelle configuration donneront-ils à la future Assemblée nationale, à la suite d’un scrutin libre et transparent.
Ce qui est constant aujourd'hui, c’est l’extrême éclatement du paysage politique en Guinée-Bissau, signe de dynamisme démocratique pour certains, mais aussi un signe de fragilité des entités, qui laisse place à de larges rassemblements plus ou moins « hétéroclites » qui ne donnent pas, à vrai dire, une grande lisibilité sur l’échiquier, et l’état des forces politiques en présence.
En effet, le grand parti historique, le PAIGC a volé en éclat, et s’est presque « dilué », du moins certaines de ses entités, dans les coalitions en lice, à la suite de l’invalidation de la candidature de Domingos S. Pereira, qui d’ailleurs a donné un mot d’ordre de vote en faveur du candidat indépendant Fernando Dias.
Cet émiettement des partis politiques, même si ces derniers se retrouvent, après, au sein de larges coalitions, laisse intacte la question qui a conduit à la crise politique qui a entrainé la dissolution du parlement en mai 2022 et ses péripéties, qui ont conduit à la situation qu’a vécue le pays. C’est le système politique bissau-guinéen lui-même qui renferme les germes d’un « blocage » institutionnel.
En effet, si Umaro Sissoco Embaló part favori pour cette présidentielle, il n’est pas acquis qu’il puisse gagner et disposer d’une majorité parlementaire. C’est peut-être là où se trouve l’enjeu de ce scrutin et qui pousse le Président sortant à vouloir assurer vaille que vaille le coup du 1er tour, et éviter ainsi les possibles alliances de l’opposition au second tour. Qui sait ?
En tout cas, d’ici la fin de la campagne électorale, on pourrait s’attendre à des surprises de taille, sous la forme de ralliements en faveur du camp de Umaro Sissoco Embaló.