Les affaires judiciaires de Nasser Bheeky et de Me Junaid Fakim ont connu des rebondissements contrastés, hier, à Port-Louis et à Rose-Hill. Le premier, absent et sans avocat, a vu sa motion rejetée ; le second, toujours hospitalisé, a obtenu un nouveau renvoi.
Devant la cour de district de Port-Louis, présidée par le magistrat Nader Ali Caunhye, la Financial Crimes Commission (FCC) a obtenu le rejet pur et simple de la demande de remise en liberté conditionnelle de Nasser Bheeky. Ni le prévenu ni ses avocats, Mes Samad Golamaully et Ashley Hurhangee, ne se sont présentés à l'audience.
L'avocat de la FCC, Me Trishul Naga, a dénoncé une attitude irrespectueuse envers la cour, soulignant que l'affaire avait dûment été fixée. Selon le représentant de la FCC, Nasser Bheeky a été réadmis en clinique, après une brève autorisation de sortie médicale. Il aurait fait un malaise. Le magistrat Caunhye a accédé à la requête de la FCC : la motion a été rejetée et les deux avocats devront soumettre par écrit leurs explications sur leur absence.
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Contacté au téléphone, Me Samad Golamaully a affirmé que son confrère et lui avaient été retardés à la clinique dû à la réadmission et l'état de santé de leur client. Il a aussi déclaré : «On était en compagnie de trois enquêteurs de la FCC à la clinique et ils savaient pourquoi on avait été retardé. L'avocat en cour aurait dû en informer celle-ci. Dire qu'il ne détient aucune information sur la situation, c'est induire la cour en erreur.»
Arrêté le 18 octobre à l'aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam alors qu'il s'apprêtait à quitter le pays, Nasser Bheeky est soupçonné de conspiracy pour un acte commis le 15 octobre. Selon l'enquête, il aurait convenu avec David Jean Christian Thomas, un proche de Mamy Ravatomanga, d'approcher un membre de la FCC afin d'influencer l'investigation en cours sur l'homme d'affaires malgache.
Lors d'une précédente audience, la FCC s'était opposée à toute remise en liberté, invoquant un risque d'ingérence, de fuite et de manipulation de témoins. Nasser Bheeky a, pour sa part, affirmé avoir agi en lanceur d'alerte : il a dit s'être rendu au Prime Minister's Office pour dénoncer un trafic d'influence présumé et a assuré ne pas comprendre les accusations portées contre lui.
À quelques kilomètres de là, à la cour de Rose-Hill, le dossier Junaid Fakim est resté suspendu à un lit d'hôpital. L'ancien commissaire de la FCC, démissionnaire depuis le 25 octobre, était toujours admis à la clinique Wellkin, où il a subi une intervention chirurgicale, hier. Sa motion réclamant la liberté conditionnelle a été renvoyée, hier. La date sera communiquée ultérieurement.
Junaid Fakim, arrêté le 30 octobre, est poursuivi sous deux accusations provisoires : public official using office for gratification et breach of confidentiality. Ces charges découlent d'une réunion tenue le 14 octobre à Quatre-Bornes, au domicile du Dr Salim Fakim, son frère. Étaient présents, Nasser Bheeky, David Jean Christian Thomas et Mamy Ravatomanga, selon des recoupements d'information. Dans sa version, Junaid Fakim a soutenu qu'il n'avait aucune connaissance préalable de la présence du milliardaire malgache et qu'il avait quitté la rencontre dès qu'il avait compris que celle-ci pouvait entrer en conflit avec ses fonctions.
L'ancien commissaire de la FCC a aussi affirmé avoir alerté le directeur général par intérim, Sanjay Dawoodarry, sur la teneur de cette réunion, celui-ci l'ayant informé que la FCC préparait alors des «actions imminentes» contre Mamy Ravatomanga.