Ile Maurice: Produire localement et durablement

Aimée des petits comme des grands, la pomme de terre s'invite à toutes les tables, en purée, en gratin, en frites ou encore en curry. Cependant, derrière cette simplicité, se cache une ambition plus vaste : renforcer l'autosuffisance alimentaire du pays.

Depuis quelques années, le secteur agricole cherche à produire localement, de manière intelligente et durable. La pomme de terre devient donc un symbole de diversification et d'innovation. Ainsi, dans la deuxième semaine d'octobre, Agriterra a récolté 28 hectares de pommes de terre, dont 14 hectares mécanisés. Pour Sébastien Mamet, General Manager de l'entreprise, cette méthode «permet d'améliorer le rendement, de réduire les pertes et de gagner du temps sur les opérations de récolte.

En diversifiant nos cultures et en adoptant des méthodes innovantes, nous renforçons non seulement notre autonomie alimentaire, mais aussi la résilience de l'agriculture mauricienne».

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La rotation entre canne à sucre et pomme de terre contribue à préserver la fertilité des sols et à limiter les effets de la monoculture, tout en palliant le manque de main-d'oeuvre. Cette évolution se reflète avec le retour progressif des gros planteurs, notamment des sucriers, vers la culture de la pomme de terre en plein champ. Prakash, planteur à Flacq, raconte : «Après des années centrées sur la canne, nous réintroduisons la pomme de terre pour diversifier nos revenus. C'est une culture qui se vend facilement et qui nous permet de garantir un complément stable pour notre famille tout au long de l'année.»

Pour d'autres, la motivation s'inscrit davantage dans la sécurité alimentaire. Rajendra Seenauth explique : «Je veux cultiver ce que nous consommons le plus souvent. La pomme de terre locale trouve facilement preneur au marché et assure un revenu complémentaire régulier.»

Cependant, certains planteurs rencontrent des difficultés techniques. Dans le Sud, des problèmes de semences affectent la qualité des cultures. Farhad Jugun témoigne : «Après plusieurs semaines, nos plantations ne se sont pas développées correctement. Les autorités sont intervenues pour effectuer des tests, mais il faut ensuite attendre les résultats.» Ces obstacles entraînent des pertes importantes, tant sur le plan des intrants déjà utilisés que du travail consacré à la plantation.

Parallèlement, d'autres exploitants misent sur le rendement. «Avec la variété Everest, nous constatons des récoltes supérieures à la Spunta», note un planteur. «Cela nous encourage à élargir la surface cultivée et à planifier la prochaine saison avec plus de confiance.» Les variétés cultivées évoluent. La Spunta reste dominante, mais la Safari, la Vigora, la Delaware et la nouvelle Everest gagnent progressivement du terrain. Les cycles de culture durent entre 90 et 105 jours, avec une première saison de mi-avril à juin et une seconde de juillet à mi-septembre. La récolte s'étale jusqu'à fin novembre dans les régions sous-humides ou humides.

Sur le plan national, la production devrait atteindre entre 16 000 et 17 000 tonnes cette année, contre 13 668 tonnes en 2024. Le pays couvre désormais environ 60 % de sa consommation locale, un chiffre en hausse, mais encore insuffisant pour atteindre l'autosuffisance complète. Pour soutenir cette progression, le ministère de l'Agroindustrie prévoit de développer 400 arpents supplémentaires pour la culture de la pomme de terre. L'enregistrement des planteurs a débuté en octobre, en préparation de la prochaine saison. Le ministre Arvin Boolell rappelle régulièrement l'importance de «produire ce que nous mangeons et de manger ce que nous produisons».

Malgré ces avancées, la rentabilité reste un défi. Le coût élevé des semences - entre Rs 15 000 et Rs 20 000 la tonne - et la baisse des subsides de 75 % à 50 % compliquent la situation des planteurs. Certains dénoncent des prix d'achat de la récolte inférieurs au marché : «Les petits producteurs peinent à dégager un revenu correct, tandis que certains intermédiaires profitent de la situation.» Pour soutenir la production locale, seule la pomme de terre locale peut être vendue au National Wholesale Market depuis le 25 août, jusqu'à décembre, avec un contrôle quotidien assuré par les officiers de l'Agricultural Marketing Board.

Entre innovations techniques, retour des gros planteurs et engagement des petits exploitants, la filière montre une volonté de se réinventer. Au-delà de ses apports nutritifs, fibres, potassium et vitamine C, la pomme de terre devient un levier stratégique pour l'autosuffisance, l'emploi et la durabilité. Et si, derrière chaque purée ou frite maison, se cachait un goût d'indépendance et de résilience pour le pays ?

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