La situation dans l'Est de la République démocratique du Congo franchit un nouveau cap institutionnel. L'alliance rebelle AFC/M23, appuyée par le Rwanda, a rendu publique l'embauche de 378 nouveaux magistrats au Nord-Kivu, dans le but d'établir un système judiciaire distinct sur les territoires sous son contrôle. Cette initiative a suscité une vive opposition du gouvernement congolais, qui y voit une atteinte caractérisée à sa souveraineté.
La mise en place d'une « justice rebelle »
Le recrutement de 378 magistrats par l'AFC/M23 est une initiative de sa Commission de Relance de la Justice (CRJ), créée il y a plusieurs mois. Selon Africanews, ces professionnels du droit ont été intégrés après la diffusion des résultats de leur processus de sélection, survenue lundi soir à Goma.
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Face aux critiques du pouvoir central de Kinshasa, l’AFC/M23 tente de justifier cette démarche en soulignant l'obligation de garantir aux citoyens l'accès à un système judiciaire, en l'absence d'un appareil étatique fonctionnel. Élie Mutela, rapporteur de la CRJ, a affirmé, selon Africanews, que « conformément à la Constitution, on ne peut pas priver un peuple de l’accès à la justice ». Il a précisé que leur ambition est de « remettre sur pied un appareil judiciaire afin que chacun puisse présenter son dossier devant son juge naturel ».
Plusieurs avocats et juristes ont répondu à l'appel de l'initiative. D'après Africanews, Jason Kalegamire, un avocat ayant adhéré au projet, a expliqué : « Ceux qui devaient administrer la justice étant absents, nous ne pouvions pas abandonner nos compatriotes à leur sort. C’est ainsi que nous avons répondu à l’appel de l’AFC/M23. »
Condamnation de Kinshasa et l'incertitude des habitants
Depuis que Goma est tombée en janvier, plus de deux millions de personnes vivent dans une grande confusion institutionnelle, accentuée par une économie locale au ralenti et des services étatiques défaillants.
La réaction du gouvernement congolais a été immédiate et sans équivoque. Kinshasa a décrété que tous les actes émis par les magistrats désignés par l’AFC/M23 seraient nuls et non avenus, considérant cette « justice parallèle » comme une atteinte grave à la souveraineté nationale et au monopole de l’État sur le pouvoir judiciaire.
Face à cette tension institutionnelle, les habitants du Nord-Kivu sont partagés entre méfiance et espoir. Gueul Mamulaka, un membre de la société civile, a confié à Africanews : « C’est une bonne nouvelle, mais nous restons surpris […]. C’est une contradiction qui nous laisse dans l’incertitude. Nous ignorons comment les choses vont évoluer, mais la justice, en soi, est une bonne chose. »
La mise en place de ce système judiciaire rebelle intensifie le bras de fer entre l'AFC/M23 et le gouvernement, faisant de l'accès à la justice un enjeu central de la légitimité dans l'Est de la RDC.