Le 30 octobre 2025, le Dr Peter George Harper a accordé une interview exclusive à allAfrica en marge de sa participation au Forum scientifique Galien Afrique, organisé à Dakar, au Sénégal. Il y a souligné l’importance de la réduction des risques comme pierre angulaire de l’avenir de la santé publique en Afrique.
Pendant plus de 30 ans, le Dr Harper a exercé comme cancérologue consultant à l’hôpital Guy de Londres, où il a révolutionné la prise en charge du cancer. Précurseur des traitements holistiques, il a adopté cette approche bien avant qu’elle ne soit largement reconnue.
Le Dr Harper a averti que sans stratégies de prévention audacieuses et proactives, l’Afrique risque d’être submergée par les maladies chroniques qui pèsent déjà lourdement sur les pays occidentaux.
« La clé est une approche pragmatique : la réduction des risques », a-t-il souligné.
« Vivre mieux, pas seulement plus longtemps »
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Après une brillante carrière dans l’un des plus grands hôpitaux universitaires de Londres, le Dr Harper a élargi son champ d’action à la santé mondiale et à la prévention.
« Aujourd’hui, près d’un tiers de la vie d’une personne se passe en mauvaise santé. Il ne s’agit pas seulement de vivre plus longtemps — il s’agit de bien vivre », a-t-il expliqué.
Il plaide pour un changement de paradigme : passer de la longévité à une santé durable, en mettant l’accent sur une vie active, autonome et en bonne santé, bien plus précieuse qu’une vie prolongée mais marquée par la maladie.
Réduction des risques : une stratégie humaine et réaliste
Le Dr Harper décrit la réduction des risques comme une approche centrée sur l’humain et sans jugement.
« Aucun de nous n’est parfait. Qu’il s’agisse de tabac, d’alcool ou d’inactivité, l’objectif n’est pas l’interdiction — c’est d’aider les gens à faire des choix plus sûrs. »
Cette philosophie, déjà adoptée dans plusieurs pays européens, vise à accompagner les individus plutôt qu’à condamner leurs comportements.
« On n’élimine pas les voitures parce qu’elles sont dangereuses — on les rend plus sûres. La même logique s’applique au tabac et à l’alcool. »
Tabac : « Le danger vient de la fumée, pas de la nicotine »
Le Dr Harper cite le contrôle du tabac comme exemple clair de réduction des risques.
« La nicotine est addictive, mais elle n’est pas cancérigène. La véritable menace vient des toxines libérées lors de la combustion. Chauffer le tabac ou utiliser des alternatives comme le tabac chauffé, la vape ou la nicotine orale réduit considérablement l’exposition à ces substances nocives. »
Il cite la Suède et le Japon comme exemples de réussite, où les produits à risque réduit ont entraîné une baisse spectaculaire du taux de tabagisme et des maladies liées au tabac.
Un moment critique pour l’Afrique
Avec 70 % de sa population âgée de moins de 30 ans, l’Afrique a encore le temps d’agir. Mais le Dr Harper met en garde :
« La population africaine va doubler d’ici 2075 et vieillir rapidement. Sans intervention, les maladies chroniques comme le cancer, le diabète et les maladies cardiovasculaires pourraient submerger les systèmes de santé. »
Il appelle à des stratégies de prévention intelligentes — incluant l’éducation, une législation pragmatique, l’accès à des alternatives plus sûres et l’investissement dans la recherche locale.
« Le Sénégal, par exemple, a déjà montré son leadership en matière de santé publique. Le défi maintenant est d’anticiper les besoins futurs ».
Les décisions de l’Afrique aujourd’hui façonneront la santé mondiale de demain
Lors du Forum scientifique Galien Afrique à Dakar, le 31 octobre, le Dr Harper a abordé l’urgence du développement de la recherche pour la souveraineté sanitaire.
« Quand on parle de souveraineté sanitaire, on pense souvent à l’indépendance. Mais en réalité, la véritable souveraineté en science et en santé repose sur l’interdépendance — car ce n’est pas l’isolement qui construit des systèmes solides et résilients. C’est le partenariat. Le type de partenariat qui renforce les capacités, transfère les connaissances et respecte le leadership local », a-t-il affirmé.
Le Dr Harper a souligné que la souveraineté sanitaire ne se limite pas à l’autosuffisance, mais implique la création de réseaux de confiance et de collaboration qui permettent aux institutions africaines de jouer un rôle moteur dans l’innovation et la réponse sanitaire. Il a insisté sur l’importance d’investir dans les écosystèmes de recherche locaux, de soutenir les scientifiques africains et de garantir une circulation bidirectionnelle des savoirs — entre partenaires mondiaux et communautés locales.
En conclusion, le Dr Harper a exhorté les chercheurs et décideurs africains à adopter une vision à long terme : « L’Afrique est en passe de devenir le continent le plus peuplé du monde, avec plus de 3 milliards d’habitants. Les choix faits aujourd’hui influenceront non seulement l’avenir de l’Afrique, mais aussi la trajectoire de la santé mondiale. »
Ses propos ont résonné comme un appel fort : le leadership africain en matière de recherche et développement sanitaire n’est pas seulement une priorité régionale — c’est une nécessité mondiale.