Mali: Un détracteur de la junte malienne victime d'une disparition forcée

communiqué de presse

Les autorités devraient d'urgence localiser et libérer Cheick Oumar Diallo

Dans l'après-midi du 25 octobre, Cheick Oumar Diallo discutait avec des amis dans une rue de Bamako, la capitale du Mali. Soudain, quatre gendarmes sont arrivés à bord d'un pick-up et de motos, l'ont arrêté et sont repartis en l'emmenant de force.

Une semaine plus tard, Cheick Oumar Diallo, âgé de 43 ans, ancien membre d'un syndicat et détracteur éminent de la junte militaire malienne, n'a toujours pas été revu et son sort reste inconnu.

Des témoins ont déclaré que les gendarmes ont dit à Cheick Oumar Diallo qu'ils avaient reçu l'ordre de l'arrêter. Lorsqu'il leur a demandé pourquoi il était détenu, ils ont refusé de lui donner des explications. Une bagarre a alors éclaté lorsqu'il a résisté l'arrestation et tenté de s'enfuir. En courant, il est tombé dans un fossé et s'est blessé à la jambe. Des témoins ont déclaré que les gendarmes l'ont sorti du fossé et jeté à l'arrière de leur pick-up.

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Les collègues de Cheick Oumar Diallo ont déclaré l'avoir cherché dans des commissariats et gendarmeries de Bamako, en vain. Ils pensent que sa disparition est liée à son activisme syndical et à ses critiques à l'égard de la junte.

Cheick Oumar Diallo est un ancien employé de la Société malienne de gestion de l'eau potable (SOMAGEP), membre du syndicat autonome de l'entreprise et lanceur d'alerte. Dans une lettre ouverte publiée en juillet 2024, il affirmait que l'eau consommée par les Maliens n'était pas potable. Les autorités l'ont arrêté peu après et, à sa libération en mai 2025, l'entreprise publique SOMAGEP l'a licencié.

La junte a déjà pris pour cible des syndicalistes dans le passé. Le 6 juin 2024, le Syndicat national des assurances, banques et établissements financiers du Mali (Synabef) a lancé un appel à la grève après l'arrestation de son Secrétaire général, Hamadoun Bah. Celui-ci avait été arrêté pour « faux et usage de faux » dans le cadre de conflits internes au syndicat, une mesure largement considérée par les travailleurs comme une intimidation politique. Après cinq jours, Hamadoun Bah a été libéré et le syndicat a mis fin à la grève.

Depuis son arrivée au pouvoir à la suite d'un coup d'État militaire en 2021, la junte malienne mène une offensive acharnée contre l'opposition politique, la dissidence pacifique, les organisations de la société civile et les médias.

L'arrestation de Diallo présente tous les signes d'une disparition forcée, c'est-à-dire lorsqu'un gouvernement arrête une personne sans reconnaître sa détention ni révéler où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de la protection de la loi. Les disparitions forcées sont susceptibles de violer divers droits humains, notamment l'interdiction de la détention arbitraire, de la torture et autres mauvais traitements, et des exécutions extrajudiciaires.

Depuis 2009, le Mali est un État partie à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

Les autorités maliennes devraient immédiatement révéler le lieu de détention de Cheick Oumar Diallo, le libérer et mettre fin à leurs attaques contre les membres des syndicats et autres détracteurs.

Ilaria Allegrozzi, Chercheuse senior sur le Sahel

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