Sénégal: Désinformation - La riposte francophone s'organise

6 Novembre 2025

Réunis à Dakar du 3 au 6 novembre, en marge de la Semaine mondiale de la francophonie scientifique, journalistes, universitaires et experts ont confronté leurs expériences autour d'un défi commun : la désinformation. Une menace mondiale, mais dont les effets se font particulièrement sentir dans l'espace francophone.

« TV5MONDE, chaîne de la francophonie, est chaque jour mobilisée contre la désinformation », a rappelé Denise Époté, directrice de la distribution, communication et commercialisation de la chaîne. Membre de l'alliance FORFACT, TV5MONDE collabore avec France Télévisions, Radio-Canada ou l'Union européenne des radiodiffuseurs pour défendre un journalisme éthique.

La chaîne multiplie les initiatives : participation à la plateforme « Vrai ou Faux », reportages pédagogiques dans 64' et Le Journal Afrique, et bientôt la création d'un poste de référent en fact-checking. « Face à l'intelligence artificielle, la rigueur journalistique est notre meilleure arme », a-t-elle affirmé.

Pour Benoît Bréville, directeur du Monde diplomatique, la lutte passe d'abord par la qualité. « Nous refusons l'instantanéité pour privilégier la vérification et la contextualisation », a-t-il expliqué.

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Le mensuel mène ce combat « en actes », en offrant des articles écrits par des auteurs reconnus, mais aussi en outillant ses lecteurs pour exercer leur esprit critique, notamment à travers son Manuel d'autodéfense intellectuelle. Bréville a toutefois invité à ne pas se limiter à la traque des fake news : « Comprendre pourquoi la désinformation prospère, c'est interroger la crise de confiance envers les médias et les institutions. »

Sur le terrain africain, Paul Joël Kamtchang, fondateur du site camerounais data-check.org, a décrit une lutte quotidienne et inventive. Son organisation développe des outils comme MyDataCheck, une intelligence artificielle accessible via WhatsApp qui permet à tout citoyen de vérifier une information.

Data-check mise aussi sur la formation, la production de contenus multimédias et la recherche académique. « La désinformation mute sans cesse : du hors-contexte aux deepfakes, elle alimente désormais une véritable guerre des narratifs », a-t-il averti, appelant l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) à devenir un pôle de recherche sur ces questions.

Enfin, Mamadou Ndiaye, président du Réseau Théophraste et directeur du CESTI de Dakar, a replacé le débat sur le terrain de la formation. « La première ligne de défense, ce sont les journalistes que nous formons », a-t-il insisté. Le réseau des écoles francophones de journalisme a élaboré un livret commun pour renforcer l'éducation aux médias et réduire les inégalités entre établissements du Nord et du Sud. L'objectif : restaurer la confiance du public dans les médias et armer les jeunes face aux manipulations numériques.

De la salle est ressortie une conviction partagée : la francophonie, par son réseau de médias, d'universités et d'écoles, dispose des atouts pour faire de la lutte contre la désinformation non seulement un défi commun, mais aussi une opportunité de coopération scientifique et citoyenne.

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