La controverse autour de la reconnaissance des vétérinaires malgaches au niveau local prend une tournure diplomatique. Dans un communiqué officiel diffusé le 23 octobre, l'ambassade de Madagascar a appelé les autorités mauriciennes à une «réévaluation du registre vétérinaire» et à «un dialogue apaisé et constructif» sur la question.
Selon l'ambassadeur Albert-Camille Vital, les relations entre les deux îles «sont fondées sur des échanges historiques, dynamiques et fructueux», en particulier dans les domaines techniques et sanitaires. Le diplomate rappelle que «les vétérinaires malgaches formés dans des institutions reconnues à Antananarivo, Dakar ou encore en Ukraine disposent de compétences conformes aux standards internationaux». Une note verbale a été adressée le 24 octobre au ministère mauricien des Affaires étrangères afin d'obtenir des éclaircissements sur la situation des praticiens malgaches exerçant ou souhaitant exercer à Maurice.
Cette intervention diplomatique fait suite à la déclaration du ministre mauricien de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, lors d'un atelier sur le partenariat public-privé des services vétérinaires, organisé du 14 au 17 octobre à Ébène. Le ministre y avait plaidé pour une approche «plus inclusive et ouverte» du secteur vétérinaire, estimant qu'«il ne faut pas faire preuve de discrimination» envers les vétérinaires formés à Madagascar. «Ils méritent une inscription provisoire, puis permanente au registre vétérinaire.»
Des propos qui ont immédiatement suscité la réaction du président du Veterinary Council of Mauritius, le Dr Radhakrishna Veerapa, qui s'est dit «choqué» par ces déclarations qu'il jugeait «discréditantes pour l'honneur des vétérinaires mauriciens». Il a rappelé que la pratique vétérinaire est régie par la Veterinary Council Act 2020, qui impose un contrôle strict des diplômes étrangers avant toute autorisation d'exercice.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Face à cette opposition, Arvin Boolell avait répliqué avec fermeté : «Dr Veerapa, avec tout le respect que je vous dois, mind your language. Vous êtes un esprit brillant, mais il y a de la place pour tout le monde. Les vétérinaires malgaches font du bon travail et méritent d'être reconnus.» Le ministre a ajouté que ce n'est pas un débat nouveau : «En 2005 déjà, un vétérinaire néo-zélandais avait rencontré les mêmes difficultés. Nous devons évoluer et accepter la mobilité des compétences dans un monde ouvert.»
Appel à une coopération régionale renforcée
Dans la foulée du communiqué diplomatique, le président de l'Ordre des vétérinaires de Madagascar, Josoa Rakotomasimanana, a adressé une lettre à ses homologues mauriciens plaidant pour une meilleure intégration des jeunes praticiens malgaches dans le système. Selon lui, plusieurs vétérinaires malgaches participent déjà activement aux campagnes de stérilisation et à la prévention des maladies animales à Maurice. «Le manque de reconnaissance officielle décourage les vocations et freine la coopération régionale. Il est temps d'harmoniser les critères et de reconnaître la valeur professionnelle des vétérinaires étrangers», écrit-il.
Alors que la question reste ouverte, le communiqué de l'ambassade malgache semble marquer une volonté claire d'apaisement et de coopération, invitant les autorités mauriciennes à transformer cette polémique en opportunité de partenariat régional au bénéfice du bien-être animal et du développement vétérinaire dans l'océan Indien.