En mars 2025, lorsque le Général Abderrahmane Tiani, en vertu de la Charte de la Transition, adoptée à la suite du coup d’État qui a renversé le pouvoir du Président nouvellement élu, Mohamed Bazoum, a été investi comme président du Niger pour un mandat de cinq ans renouvelable, les choses sont allées très vite.
Les partis politiques sont dissous, il y’en avait 172, et la société civile est restée sous la menace, avec la dissolution de 5 syndicats, et plus tard l’arrestation du leader de l’ONG ALTERNATIVE, Moussa Changari, jusqu’à présent en prison.
Tout laisse croire aux yeux de certains observateurs que la perspective de retour à l’ordre constitutionnel normal, et au pluralisme politique s’éloigne de plus en plus, et la libération de l’ancien Président Bazoum, tant espérée, n’est plus à l’ordre du jour après les échecs des médiations initiées en ce sens.
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Le prétexte de la recherche de l’unité et de la sécurité, qui avait été brandi pour justifier les recommandations des Assises nationales et leur donner un accent de légalité à travers les ordonnances du pouvoir restreignant les activités des partis politiques et de la société civile, ne tient plus apparemment. Les derniers développements sur le terrain montrent que tout cela n’est pas au rendez-vous. Pendant ce temps les activités citoyennes sont mises entre parenthèses, provoquant une certaine irritation des acteurs politiques.
Il n’empêche qu’à la suite des péripéties qui ont marqué la prise du pouvoir par la junte militaire, sa sortie de la CEDEAO, et la création de l’AES, le Niger cherche sa voie de sortie de crise. Celle-ci est cependant contrariée par la recrudescence de la crise sécuritaire de plus en plus complexe à ses frontières, avec l’avancée des troupes djihadistes et son lot de victimes civiles comme militaires.
L’immense territoire nigérien est lui-même en soi un défi, qui rend aujourd’hui plus qu’hier la crise sécuritaire multidimensionnelle. En effet, le pouvoir nigérien, en plus de la crise politique interne qui s’enlise, fait face à une double poussée djihadiste, notamment sur la zone des trois frontières, qu’il partage avec le Mali et le Burkina Faso, avec lesquels il a déjà mis en place une force conjointe pour juguler la menace liée aux incursions d'Al Qaida (AQMI) et de l’État islamique (EIGS) sans grands résultats.
Dans la même séquence, le Niger doit également faire face aux effets des attaques des troupes de Boko Haram, notamment au niveau de la région de Diffa, proche du Tchad, qui provoquent ainsi des déplacements de populations vers la ville de Maradi, proche de la frontière nigériane, créant de fait, une crise migratoire interne génératrice elle-même d’insécurité.
L’un dans l’autre, le Général Tiani doit en plus relever le défi politico-institutionnel en interne, face à une opposition politique, qui malgré l’épée de Damoclès qui pèse sur elle, s’organise pour hâter la fin de la transition, et décider de poursuivre ou non l’aventure de l’AES.
Il s’y ajoute que le syndrome de la pénurie de carburant observé actuellement au Mali pose une grande équation pour cet autre pays sans littoral, si l’on sait que les relations sont très tendues avec le Bénin, qui doit acheminer le pétrole nigérien vers le port de Cotonou. Sauf que sur ce point, le grand voisin nigérian peut représenter une alternative de contournement d’un éventuel blocus des djihadistes.
Le Niger reste toutefois sous la menace, en attendant la fin du processus de mise en place des structures de l’AES et notamment le commandement des forces conjointes. Pour combien de temps encore ?