Selon le rapport d'audit, au 30 juin 2023, neuf organismes parapublics et cinq autorités locales ont déclaré des déficits de fonds de pension s'élevant respectivement à Rs 34,2 milliards et Rs 6,5 milliards. Entre 2022 et 2023, le déficit global a augmenté d'environ Rs 5,4 milliards. Ces chiffres indiquent un problème persistant de sous-capitalisation et font peser un risque croissant sur des milliers de retraités actuels et futurs.
Le régime de retraite d'Air Mauritius en est l'exemple le plus emblématique. Autrefois symbole de fierté nationale, il illustre aujourd'hui la détérioration de la gouvernance des retraites. Ce régime, prisonnier de cadres obsolètes, ne respecte pas le Private Pension Schemes Act (PPSA) de 2012, ce qui plonge les retraités dans une incertitude totale. Depuis des années, l'Air Mauritius Retirees Association (AMRA) tire la sonnette d'alarme et réclame transparence et équité. Cependant, la Financial Services Commission (FSC) et les autorités compétentes restent silencieuses.
La Private Pension Schemes Act confère une responsabilité essentielle à la FSC : garantir que tous les régimes de retraite privés et professionnels sont dûment enregistrés, gérés efficacement et financièrement solides. La FSC a le pouvoir d'imposer des évaluations actuarielles, d'appliquer des plans de redressement et de sanctionner les administrateurs ou les employeurs défaillants.
Cependant, la réalité est préoccupante : la FSC n'a pris aucune mesure publique malgré de nombreux cas de non-conformité. Elle n'a tenu aucun administrateur ou employeur responsable des déficits persistants. En outre, elle n'a publié aucun rapport ni aucune ligne directrice visant à rétablir la solvabilité des régimes concernés.
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Il en résulte un organisme de réglementation pratiquement inexistant, doté d'une autorité légale mais dépourvu de lignes directrices. Les bénéficiaires s'interrogent actuellement sur la capacité de la FSC à conserver l'autorité morale et institutionnelle nécessaire à l'accomplissement de sa mission. Si des mesures ne sont pas prises rapidement, la situation risque de s'aggraver. Les prévisions actuarielles indiquent que le déficit total de Rs 46 milliards en 2022 pourrait passer à Rs 60 ou 70 milliards en 2025.
Ces chiffres ne sont pas de simples données comptables : ils symbolisent des droits à pension non-garantis, fruit d'une vie de travail et de cotisations. Si ces obligations ne sont pas remplies, Maurice sera confrontée à une crise sociale et morale majeure, bien plus grave que n'importe quelle crise budgétaire. Les retraités et les cotisants ne demandent pas de miracles. Ils demandent :
· Une enquête publique sur la gestion et la surveillance de la FSC depuis la promulgation de la PPSA ;
· Un audit complet de la situation financière de tous les régimes enregistrés ;
· Des sanctions explicites pour les administrateurs ou les employeurs qui ont négligé leurs responsabilités fiduciaires ;
· Une stratégie de sauvetage et de réforme qui garantisse la solvabilité et la transparence du système.
Selon les experts et les observateurs du secteur, il est désormais temps que la FSC - et pas uniquement la Banque de Maurice - soit mise en avant. Longtemps, la FSC est restée passive alors que le système de retraite se détériorait jusqu'à atteindre un état d'opacité et de déséquilibre. Les mêmes observateurs affirment qu'elle doit désormais être tenue responsable et clarifier les mesures qu'elle compte mettre en oeuvre pour éviter un effondrement généralisé.
Maurice ne peut affirmer son statut de centre financier crédible tant que son organisme de réglementation des retraites reste invisible. La transparence, la responsabilité et le leadership doivent à nouveau être les principes directeurs. Sinon, l'histoire retiendra que lorsque les retraités ont réclamé justice, l'organisme de réglementation a fermé les yeux.
Points clés
Estimation du nombre d'employés concernés (2025): environ 30000 à 35000 employés actifs dans les organismes parapublics, les entreprises publiques et les autorités locales (à l'exclusion de la fonction publique).
Prévisions concernant les employés (2030) : environ 28000 à 33000, en supposant une attrition modérée et un nombre limité de nouvelles embauches nettes.
Déficit actuel des retraites (National Audit Office 2023) : Rs51,4 milliards pour l'ensemble des organismes du secteur public. Déficit prévisionnel des retraites (2030, parapublic et entreprises publiques) : environ Rs65 à 75 milliards, en raison de la croissance des coûts actuariels, de l'indexation des salaires et du maintien des versements aux retraités malgré une main-d'oeuvre active stable.
D'ici 2030, environ 30000 employés du secteur parapublic et des entreprises publiques seront toujours liés à des engagements de retraite qui devraient dépasser Rs70 milliards, même si le nombre de salariés actifs reste globalement inchangé.