Devant les cadres de Pastef réunis samedi dernier, à Dakar, le Premier ministre Ousmane Sonko a dévoilé une doctrine économique résolument axée sur l'orthodoxie budgétaire et la rationalisation des dépenses publiques. Une inflexion nette par rapport aux promesses de campagne, qui expose l'Exécutif à une attente sociale déjà pressante.
Ousmane Sonko a dressé un diagnostic sévère des finances publiques, évoquant la menace d'un déséquilibre durable et le risque d'une restructuration imposée. Pour éviter ce scénario, le chef du gouvernement entend maintenir, voire accroître, la pression fiscale, ciblant notamment les produits de luxe tout en préservant les biens essentiels. Cette stratégie rompt avec l'espoir d'un allègement fiscal immédiat nourri durant la campagne.
Le second axe consiste en une réduction stricte des dépenses de l'État : contraction des budgets ministériels, rationalisation des agences et lutte contre les gaspillages afin de dégager des marges de manoeuvre sans creuser le déficit. L'objectif est double : financer les investissements structurants et honorer le service d'une dette jugée « lourde et héritée ».
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Sur ce dossier, Sonko adopte une position mêlant discipline financière et discours de reddition des comptes. Il réaffirme la volonté du Sénégal de respecter ses engagements extérieurs, tout en dénonçant les « emprunts indus » contractés sous le précédent régime. Cette rhétorique permet de légitimer l'austérité, même si la récupération d'avoirs détournés ne suffira pas à résorber les déséquilibres.
Le Premier ministre a également promis une intransigeance totale face à la corruption, y compris au sein de son propre camp, afin de se démarquer des pratiques qu'il attribue aux gouvernements passés.
Reste une équation politique délicate : comment maintenir l'adhésion d'un électorat acquis au slogan de rupture tout en imposant une cure d'austérité ? Le gouvernement joue sa crédibilité sur sa capacité à produire rapidement des résultats visibles, notamment dans la réduction du train de vie de l'État et l'amélioration des services publics malgré la contrainte budgétaire.
En misant sur la rigueur plutôt que sur le populisme économique, Ousmane Sonko prend le risque d'une impopularité précoce, convaincu toutefois que la discipline d'aujourd'hui conditionne la prospérité de demain.