Les fibromes utérins affectent de nombreuses femmes mais restent encore méconnus. Le Dr Veyasen Pyneeandee, spécialiste en gynécologie-obstétrique, chirurgie laparoscopique, cancérologie et infertilité, explique qu'il est essentiel de mieux comprendre cette pathologie pour une meilleure prise en charge.
Les fibromes, également appelés léiomyomes, sont des tumeurs bénignes, qui se développent le plus souvent dans l'utérus, même si elles peuvent apparaître ailleurs. Elles ne sont pas cancéreuses et restent souvent asymptomatiques mais leur taille, leur localisation et leur croissance peuvent provoquer divers symptômes, indique le Dr Pyneeandee.
Selon lui, les fibromes peuvent apparaître dès l'âge de 16 ans, et ce, jusqu'à 50 ans, avec une fréquence plus élevée entre 30 et 50 ans. Il explique que plusieurs facteurs contribuent à leur développement, notamment les hormones œstrogènes et progestérone, la prédisposition génétique, l'origine ethnique, l'obésité ou certains déséquilibres hormonaux. «Les femmes dont la mère ou la soeur ont eu des fibromes, ainsi que celles d'origine africaine, présentent un risque plus élevé.»
Symptômes différents
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Les symptômes, souligne-t-il, varient d'une patiente à l'autre. Certains fibromes restent silencieux tandis que d'autres provoquent des règles abondantes ou prolongées, des douleurs pelviennes, des troubles urinaires ou digestifs, des douleurs pendant les rapports sexuels, des problèmes de fertilité, voire la perception d'une masse pelvienne. Il précise que les douleurs peuvent se manifester dans le bas du ventre ou du dos, survenir pendant les menstruations ou les rapports sexuels, ou apparaître brutalement en cas de torsion du fibrome.
Pendant la grossesse, leur croissance rapide peut entraîner des douleurs aiguës et des complications, mais, selon lui, ils ne sont retirés qu'en cas d'urgence vitale pour éviter des risques pour le placenta ou l'évolution de la grossesse.
Une patiente raconte qu'elle a découvert plusieurs fibromes pendant sa grossesse alors qu'elle avait 40 ans. Après un traitement en France, elle a fait une fausse couche. Moins de deux ans plus tard, ses fibromes avaient continué à croître, dont l'un atteignant la taille d'une orange. Elle explique qu'elle ne pouvait plus conduire car la ceinture de sécurité faisait pression sur son ventre. Cette croissance a provoqué des calcifications sur certains organes et des difficultés à marcher.
La solution a été une hystérectomie totale, entraînant une ménopause précoce et ses effets secondaires. Elle confie que cette expérience a profondément modifié son quotidien. Le Dr Pyneeandee rappelle que certaines femmes à Maurice présentent une prédisposition génétique aux fibromes, avec des conséquences sur la santé physique et mentale.
Examen clinique en première instance
Le Dr Pyneeandee explique que pour établir un diagnostic précis, l'examen clinique constitue la première étape, confirmée par une échographie pelvienne, abdominale ou endovaginale. Dans certains cas, une Imagerie par Résonance Magnétique ou une hystéroscopie, complète le bilan. Il insiste sur l'importance de déterminer la localisation exacte des fibromes car cela conditionne le traitement et les risques associés.
Trois types principaux sont identifiés : le fibrome sous-séreux, qui se développe à l'extérieur de l'utérus, le fibrome intra mural, situé dans l'épaisseur du muscle utérin et le plus fréquent, le fibrome sous-muqueux, qui se développe dans la cavité utérine et peut provoquer de lourds saignements ou des troubles de fertilité. Il précise également que les fibromes se distinguent des kystes, situés généralement dans les ovaires.
En matière de traitement, le spécialiste explique que plusieurs facteurs sont pris en compte, notamment la taille, le nombre et la localisation des fibromes, l'âge de la patiente, les symptômes et le désir de grossesse future. Les fibromes asymptomatiques peuvent simplement être surveillés car ils régressent souvent après la ménopause. Il ajoute qu'un traitement médicamenteux peut réduire la taille du fibrome ou les manifestations cliniques mais qu'il comporte des effets secondaires et est souvent utilisé en préparation d'une chirurgie.
L'hystérectomie en dernier recours
Il distingue ensuite deux principales interventions chirurgicales, la myomectomie et l'hystérectomie. La première consiste à retirer les fibromes, tout en préservant l'utérus, ce qui convient aux femmes souhaitant maintenir leur fertilité. Selon lui, cette opération peut se faire par hystéroscopie pour les fibromes dans la cavité utérine, par laparoscopie pour les fibromes intra muraux ou sous-séreux de taille modérée, ou par laparotomie pour les fibromes volumineux ou multiples.
L'hystérectomie, en revanche, consiste à retirer totalement ou partiellement l'utérus et est recommandée dans le cas de fibromes graves ou résistants aux autres traitements. Il précise que les techniques modernes telles que la chirurgie laparoscopique, robotique ou par voie vaginale, permettent une récupération plus rapide tandis que la laparotomie classique nécessite jusqu'à six semaines de convalescence.
Le spécialiste évoque aussi des alternatives moins invasives. L'embolisation des artères utérines permet de réduire la taille des fibromes en bloquant leur vascularisation tandis que la myolyse par radiofréquence consiste à appliquer une énergie thermique directement dans le fibrome pour en diminuer le volume, explique-t-il. Ces techniques offrent un soulagement rapide des symptômes avec un risque de récidive inférieur à 10 %.
Concernant la fertilité, il rappelle que les fibromes peuvent compliquer la nidation et augmenter le risque de fausse couche, surtout lorsqu'ils sont sous-muqueux. Leur localisation peut aussi influencer le déroulement et le mode d'accouchement mais leur retrait n'est envisagé qu'en cas d'urgence vitale.
Enfin, le Dr Pyneeandee souligne qu'il n'existe pas de méthode sûre pour prévenir les fibromes. Un dépistage précoce par échographie permet toutefois de suivre leur évolution et d'intervenir rapidement en cas de symptômes. Il précise que cette pathologie est mieux connue dans certains pays grâce aux approches thérapeutiques et à la formation médicale. «À Maurice, certaines confusions diagnostiques, notamment entre fibrome et adénomyose, peuvent survenir en raison d'une formation limitée à l'échographie», ajoute-t-il.
Son message aux femmes est clair : avoir un fibrome n'est pas une fatalité. En l'absence de symptômes et avec un suivi régulier, il n'est pas nécessaire de paniquer ni de recourir systématiquement à une opération. Selon lui, les interventions conservatrices, combinées à un suivi médical rigoureux et à une hygiène de vie saine, incluant le contrôle du poids et la pratique régulière d'exercices, contribuent à limiter les complications et à préserver la qualité de vie.