«Psychosocial lead» pour l'association ANFEN (Adolescent Non Formal Education Network), Saminta Arjoon porte une campagne de levée de fonds sur Small Step Matters pour mettre en lumière les témoignages des jeunes d'ANFEN, à travers des vidéos. Objectif : parler des défis rencontrés à l'adolescence et montrer comment les surmonter.
En quoi consiste la fonction de «Psychosocial lead» à l'association ANFEN, et quelle est votre expérience dans le domaine ?
Titulaire d'un diplôme et d'un Master en psychologie, j'ai évolué dans le secteur public et au sein de la société civile pendant dix ans. Depuis que j'ai rejoint ANFEN, il y a bientôt deux ans, j'ai été épaulée par Nadine Chantry, conseillère stratégique et technique. Elle a largement contribué à mettre en place le dispositif psychosocial d'ANFEN, qu'elle accompagne depuis plus de dix ans, et m'a guidée dans la structuration de ce département.
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En tant que Psychosocial lead pour le réseau ANFEN, je supervise et accompagne l'équipe psychosociale, composée de cinq Education Mental Health Practionners (qui font de l'écoute en milieu scolaire dans neuf centres) et de huit Child And Family Support Workers, qui, en plus du suivi individuel et scolaire, effectuent des visites à domicile afin de mieux comprendre le contexte familial et apporter un soutien adapté. Ils servent de lien essentiel entre l'école, la maison et la communauté, favorisant la communication, la stabilité et l'implication des familles dans le parcours des jeunes.
Mes missions sont multiples, notamment évaluer les besoins de formation de l'équipe et développer les programmes psychosociaux mis en place sur le terrain en fonction des besoins des jeunes. Je dois aussi assurer le suivi et l'évaluation des interventions, et également maintenir le plaidoyer et la sensibilisation sur la santé mentale auprès des équipes éducatives et des partenaires.
Depuis combien de temps existe le service psychosocial à ANFEN?
Le dispositif psychosocial d'ANFEN a toujours fait partie intégrante de l'approche d'ANFEN depuis sa création il y a plus de 20 ans. Il a constamment évolué afin de s'adapter aux besoins changeants des adolescents, avec la contribution notable de Bernard d'Argent, Nadine Chantry et surtout de tous ceux qui ont fait partie de l'équipe psychosociale. Au fil du temps, de nouvelles approches ont été intégrées pour répondre aux réalités diverses des jeunes, dont la vie est souvent marquée par l'adversité. Les observations montrent que certains adolescents arrivent au centre d'apprentissage avec un niveau élevé de stress lié à leur environnement familial ou social, ce qui affecte leur concentration, leur comportement et leur réceptivité à l'apprentissage.
Face à ces constats, le dispositif psychosocial doit rester flexible et réactif, en ajustant en permanence les interventions - écoute individuelle, séances de groupe, ou visites familiales - afin de mieux accompagner les jeunes dans leurs parcours personnels et éducatifs.
Concernant les difficultés scolaires, comment ANFEN réussit-il à remettre les jeunes à niveau ?
ANFEN et les centres d'apprentissage affiliés abordent les difficultés scolaires par la pédagogie inclusive et par l'accompagnement psychosocial. Pour donner des exemples concrets : en début d'année, dans les centres du réseau, nous consacrons du temps à faire apprécier l'école à nos jeunes. Pour des adolescents en situation d'échec scolaire, il est nécessaire de passer par cette première étape avant même de commencer l'apprentissage, afin de restaurer la confiance et les bases essentielles à leur réussite future : ils passent donc davantage de temps à se découvrir mutuellement et à participer à des activités ludiques et créatives.
Les équipes d'ANFEN doivent remettre d'abord l'enfant en confiance par rapport à ses propres capacités. Nous travaillons beaucoup sur le développement personnel de nos jeunes. Puis nous travaillons en réseau avec d'autres ONG pour faire bénéficier certains élèves de diagnostic sur leurs troubles d'apprentissage. Ensuite, la pédagogie inclusive s'adapte à l'enfant, alors que ce n'est pas possible dans le système mainstream.
Avec l'accompagnement psychosocial, nous touchons à un pilier essentiel de notre mission : permettre à chaque jeune de se reconstruire, de reprendre confiance, de trouver sa place et, surtout, de réussir. En fin de cursus, les enjeux sont différents. C'est la préparation à l'employabilité, avec des formations techniques, vocationnelles adaptées aux aspirations des jeunes (menuiserie, école culinaire...). Nos anciens élèves brillent aujourd'hui dans plusieurs secteurs, et nous en sommes fiers !
Comment est née la campagne de levée de fonds portée actuellement sur Small Step Matters ?
Fin 2024, ANFEN a mené une étude en interne sur la perception des jeunes du bien-être psychosocial et de la détresse psychologique auprès des élèves des centres. Nous avons voulu comprendre, à partir de leurs vécus, ce qu'ils traversent, comment ils perçoivent leur santé mentale et quelles formes de soutien leur seraient les mieux adaptées. Depuis janvier 2025, ANFEN s'appuie sur les bases (de l'étude) pour développer le Projet santé mentale jeunes visant à renforcer la participation active des jeunes dans la conception de mécanismes de soutien psychosocial au sein de leurs centres. C'était donc naturel d'aller plus loin.
Pendant cette année scolaire, 12 centres ANFEN ont désigné cinq ambassadeurs parmi les élèves (par centre) selon des critères d'échantillonnage représentatif de l'ensemble des élèves (mixité, âges...). Suite à cette étape, ces ambassadeurs ont été formés et encouragés à développer des activités concrètes en lien avec la santé mentale. Les projets ont foisonné parmi les pairs-éducateurs : écriture d'un livret, de chants, de sketchs, organisation de marche de sensibilisation grand public pour briser les tabous sur la santé mentale...
Je salue le travail formidable mené dans les centres par les Education Mental Health Practitioners, les Child and Family Support Workers et nos deux consultants en psychosocial, Sabrina Lapierre et Bernard d'Argent, qui ont accompagné nos jeunes dans la réalisation de tout ce travail. La campagne de levée de fonds sur Small Steps Matters.org vise à financer la phase 2 de ce projet: «Mettre en avant la voix des jeunes d'ANFEN», qui mettra en lumière les voix, les expériences et les aspirations des jeunes autour du bien-être et de la santé mentale.
Qu'avez-vous appris des résultats du sondage ?
J'ai été impressionnée de constater que les jeunes font preuve d'une conscience émotionnelle et d'une maturité admirable, c'est-à-dire qu'ils savent déceler la détresse et les signes de malaise psychologique chez leurs camarades. Par exemple, les adolescents pris en charge dans les centres ANFEN ont admis que demander de l'aide quand on se sent perdu, triste, en colère est une force et pas un signe de faiblesse.
Certains expriment unsentiment d'invisibilité, mais aussi une forte envie de s'en sortir, de retrouver un cadre et du sens à leur parcours. Selon eux,la famille etles pairssont lesdeux sources principalespouvant influencer leur bienêtre ou, au contraire, leur mal-être psychosocial.
Les jeunes nous rappellent à quel point ces deux éléments peuvent être à la fois des facteurs de protection et des facteurs de risque pour leur santé mentale et leur équilibre personnel.
Comment s'annonce la rentrée 2026 ?
La rentrée 2026 s'annonce bien, avec nos projets déjà en marche. Les priorités restent la réussite des élèves, leurs bien-être et l'innovation dans nos pratiques. ANFEN souhaite poursuivre ce projet santé mentale d'envergure, qui nécessitera davantage de moyens.
L'appel aux dons via Small Step Matters est urgent ?
Oui, nous prévoyons de démarrer le projet dès la rentrée de janvier, ce qui implique que le financement, estimé à Rs 615 000, soit sécurisé avant la fin de l'année, pour permettre une mise en oeuvre fluide et efficace. La phase 2 du projet sera axée sur l'action en prévention pour une bonne santé mentale.
Concrètement, il s'agira de réaliser des ateliers et aussi des vidéos incluant des témoignages pour mettre en avant la voix des jeunes d'ANFEN et parler des défis rencontrés à l'adolescence et comment les surmonter. Cet outil de sensibilisation et de prévention sera diffusé dans les centres du réseau, donc parmi les camarades de nos ambassadeurs en santé mentale. Mais aussi auprès du grand public, tout en maintenant la durabilité de l'impact.
Ces fonds sont essentiels pour couvrir les coûts liés aux activités pédagogiques, créatives et psychosociales avant même la création des vidéos, ainsi que les déplacements de nos jeunes, plus les matériels et ressources nécessaires pour impliquer pleinement les jeunes et les centres participants. Grâce à ce projet, nous souhaitons mettre en valeur leur créativité et leur savoirfaire... Nous remercions chaleureusementtoutes les entreprises et donateurs individuels qui croient en ce projet.
Je souligne que notre projet phare vise non seulement à mettre en avant le talent des ambassadeurs, mais aussi des autres élèves. Nous souhaitons que la collaboration entre les centres soit au coeur du succès du projet. Par exemple; pour concevoir les costumes, réaliser les maquillages et les coiffures et créer les décors. L'objectif est d'impliquer un maximum de jeunes, et pas seulement cinq ambassadeurs par centre.