Chronique d'un divorce annoncé. Dès le début, nombreux sont les observateurs de la scène politique sénégalaise qui se demandaient comment cet attelage pouvait tenir dans la durée. Dix-huit mois après la présidentielle de 2024, il tire à hue et à dia. Il y a d'ailleurs déjà eu un épisode annonciateur de la tension entre les deux hommes.
En juillet dernier, le premier ministre avait publiquement critiqué le président pour son manque d'autorité. Ousmane Sonko, dont on connaît le caractère volcanique, avait en effet, à cette occasion, accusé Bassirou Diomaye Faye de manque de poigne et de ne pas sévir assez contre ce qu'il considère comme des dérives. Un épisode que le président Faye avait banalisé en son temps, semblant dire qu'entre eux il n'y a pas d'espace, pas même pour un papier à cigarette. C'était en effet un premier signal d'alarme.
Pas plus tard que le samedi 8 novembre dernier, au stade Léopold-Sédar-Senghor, les militants et partisans du Parti africain du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (PASTEF), chauffés à blanc, disaient à qui voulaient les entendre que c'était l'amour parfait entre le premier magistrat et son Premier ministre. Hélas, la discorde a éclaté au grand jour.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Le casus belli, cette fois-ci, c'est la nomination par Diomaye Faye de la présidente de la Coalition présidentielle, l'ancienne PM Aminata Touré, pour remplacer Aïssatou Mboj. Le PASTEF et ses alliés ont alors exprimé leur rejet de cette nouvelle orientation, précisant qu'ils ne se reconnaissent « dans aucune initiative coordonnée par Mme Touré ».
Plus rien ne va entre les deux têtes de l'exécutif sénégalais, qui chacune désormais regarde de son côté. Un divorce à la sénégalaise, cela d'autant plus que depuis le 6 novembre 2025, Ousmane Sonko s'est mis en congé du premier ministère, dont l'intérim est assuré par la ministre de la Justice, Yassine Fall.
Cette discorde, il faut le dire, montre à quel point il est toujours difficile de gouverner à deux, à plus forte raison à plusieurs. Cela d'autant plus que, comme l'a une fois le dit président Laurent Gbagbo : « Le fauteuil présidentiel n'est pas un banc où plusieurs personnes peuvent s'asseoir. » Les leaders du PASTEF sont en train d'en faire l'amère expérience.
Mais doit-on, en vérité, s'en étonner, quand on sait les circonstances dans lesquelles le parti de Bassirou Diomaye Faye, le PASTEF dont il fut le secrétaire général à partir d'octobre 2022, a emménagé au palais de la république ? C'était une candidature par défaut, son mentor et président du parti, Ousmane Sonko, ayant été empêché de candidater en son temps, en raison d'ennuis judiciaires. Mais il faut croire que Sonko ne s'est pas remis de ce qui semble être une blessure narcissique, et piaffe d'impatience de récupérer un fauteuil qu'il estime lui revenir de plein droit.
Toutes ces bisbilles ne sont, en fait, que des combats à fleurets mouchetés, dans la perspective de la présidentielle prochaine, avec Ousmane Sonko qui espère que Bassirou Diomaye Faye sera une espèce de Medvedev sénégalais, dont le rôle sera juste de tenir le fauteuil présidentiel au chaud, le temps qu'il le récupère. Sauf que Bassirou Diomaye Faye n'entend pas être cette chiffe molle que fut Medvedev pour Poutine en Russie.
Le pouvoir étant ce qu'il est, lui qui a sans doute goûté à la chose présidentielle n'entend certainement pas s'en détacher aussi rapidement ni aussi facilement. La guerre est donc plus que jamais déclarée entre les deux hommes et leurs camps respectifs, sans qu'on sache, pour le moment, qui enverra l'autre au tapis.
Car au point où en sont les choses, on ne voit pas trop comment Diomaye Faye pourrait continuer de se coltiner un PM qui est pratiquement entré en rébellion, mais qui contrôle le parti et a, en tout cas, une certaine capacité de nuisance à l'interne.
Quelque part, c'est le choc de deux tempéraments : le feu Sonko contre la glace Diomaye Faye, qui espère qu'il parviendra à éteindre le volcanique Ousmane Sonko.