Ile Maurice: Taux directeur maintenu à 4,5 % - Priscilla Muthoora Thakoor imprime sa marque

13 Novembre 2025

Nommée le 25 septembre en remplacement de Rama Sithanen, la nouvelle gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor, a séduit par sa première prise de parole publique à l'issue de la réunion du Monetary Policy Committee (MPC), tant attendue par la communauté des affaires et les observateurs économiques. Le verdict est ainsi tombé : le taux directeur reste inchangé à 4,5 % par an, une décision unanime, guidée par la prudence et la volonté d'ancrer la stabilité dans un environnement encore incertain.

Sobre et posée, la gouverneure a répondu aux nombreuses questions, expliquant notamment qu'elle avait démissionné du Fonds monétaire international (FMI) dès sa nomination par souci d'éthique. Elle a aussi salué la transition fluide assurée par le First Deputy Governor, Rajeev Hasnah, et le Second Deputy Governor, Ramsamy Chinniah, «gardien de la mémoire institutionnelle» de la banque, garantissant une continuité opérationnelle sans heurts.

Sur un ton calme, Priscilla Muthoora Thakoor a par ailleurs insisté sur la responsabilité collective des acteurs économiques et institutionnels à préserver la réputation de la juridiction mauricienne, particulièrement à la lumière des répercussions potentielles de l'affaire Ravatomanga sur le secteur des services financiers. «Tous les partenaires ont un devoir de protéger la réputation de la juridiction du pays.»

Faisant un tour d'horizon économique à l'échelle internationale et locale, la Banque de Maurice relève que la conjoncture internationale demeure plus résiliente que prévu, avec des révisions à la hausse des perspectives de croissance mondiale pour 2025 par le FMI, l'OCDE et l'OMC. Ces ajustements reflètent la vigueur des investissements liés à l'intelligence artificielle, les «fiscal stimulus» en Europe et en Chine, et une atténuation des tensions commerciales.

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«Le moment n'est pas à des ajustements hâtifs»

Mais les risques, dit-elle, existent toutefois en raison des incertitudes géopolitiques, du ralentissement du commerce international et des aléas climatiques. Le FMI, dans son World Economic Outlook d'octobre, anticipe une baisse de l'inflation mondiale de 5,8 % en 2024 à 4,2 % en 2025, puis à 3,7 % en 2026, grâce au recul des prix des matières premières.

Dans ce contexte, la gouverneure a défendu la ligne de la Banque : «Nous adoptons une approche fondée sur les données. Le moment n'est pas à des ajustements hâtifs, mais à une lecture prudente et cohérente des signaux économiques.»

Sur le plan domestique, l'économie mauricienne a enregistré une croissance de 3,6 % au deuxième trimestre 2025, soutenue par les activités financières et d'assurance ainsi que le tourisme, qui a connu un rebond marqué après un début d'année atone. Les arrivées touristiques devraient atteindre environ 1,425 million cette année, générant près de Rs 100 milliards de recettes, contre Rs 93,6 milliards en 2024. Un record historique.

En revanche, la construction et la fonction publique ont connu des reculs, pénalisant la performance globale. La consommation des ménages reste le principal moteur de croissance, appuyée par la détente des prix à la pompe et les subventions sur les produits essentiels.

Dans ce contexte, la Banque de Maurice a revu légèrement à la hausse sa prévision de croissance pour 2025 à 3,1 %, contre 3,0 % lors de la précédente réunion du MPC. Pour 2026, elle prévoit 3,0 %, tout en reconnaissant que des vents contraires persistent, notamment liés à la demande extérieure et à la normalisation budgétaire.

Autre donnée encourageante : le taux d'inflation devrait s'établir à 3,7 % en 2025, en baisse par rapport à la précédente prévision de 4,0 %. Cette révision découle de la modération des cours mondiaux des produits de base, de la désinflation dans les pays partenaires et des effets de la baisse des prix pétroliers locaux. Pour 2026, l'inflation devrait converger vers 3,6 %, soit le milieu de la fourchette cible de la Banque.

La gouverneure Muthoora Thakoor a toutefois averti : «Nous ne devons pas baisser la garde. Les chocs externes peuvent réapparaître à tout moment, qu'ils proviennent des marchés de l'énergie, du climat ou des tensions géopolitiques.»

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