L'Autorité des marchés financiers de l'Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA) traverse une période de fortes turbulences qui affecte profondément le fonctionnement de l'un des outils financiers les plus stratégiques de la région.
« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ». La célèbre citation d'Alphonse de Lamartine semble décrire avec justesse la situation actuelle du marché financier régional de l'UEMOA. Depuis le départ du président de l'AMF-UMOA, Badanam Patoki, nommé le 8 octobre 2025 ministre de l'Économie et de la Veille stratégique du Togo, l'institution tourne au ralenti.
La vacance de gouvernance qu'a laissée son départ plonge l'organe de régulation dans une quasi-paralysie administrative et décisionnelle, avec des mandats expirés et plusieurs postes clés restés vacants. Un vide qui inquiète l'ensemble des acteurs du marché et interroge sur la continuité de la régulation régionale.
Pourtant, au fil des années, l'AMF-UMOA s'était imposée comme une institution crédible, visible et respectée des partenaires internationaux, grâce à une vision régionale assumée et une bonne compréhension des dynamiques économiques nationales. Aujourd'hui, cette stabilité durement acquise paraît menacée.
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Panne institutionnelle et réformes en suspens
Depuis le 31 juillet 2025, les mandats de la quasi-totalité des membres du Collège, à l'exception du représentant du Mali, sont arrivés à expiration. Le poste de secrétaire général est également vacant depuis plusieurs mois, sans reconduction ni nomination. Les textes de l'AMF-UMOA ne prévoyant aucune délégation de pouvoirs à des cadres opérationnels, plus aucun acte engageant ne peut être valablement signé.
Conséquence : l'ensemble des activités de supervision, de contrôle et d'agrément est à l'arrêt. De nombreux chantiers stratégiques restent gelés : communication financière des émetteurs, application des normes IFRS, réforme du capital-investissement et de la titrisation, révision du cadre comptable des intervenants agréés, création d'un Fonds de protection des épargnants, entre autres. Autant de réformes essentielles à la transparence et à la compétitivité du marché financier régional.
Cette paralysie surprend et préoccupe. Sociétés de gestion, intermédiaires, investisseurs institutionnels et émetteurs publics se retrouvent dans un brouillard institutionnel inédit. Sans régulateur pleinement opérationnel, c'est la confiance, socle de tout marché financier, qui s'effrite.
Sauvegarder la confiance, préserver la stabilité
Le marché financier régional de l'UEMOA représente aujourd'hui plus de 24 000 milliards de F CFA de capitalisation, mobilise près de 200 acteurs agréés et constitue l'un des piliers majeurs de l'intégration économique sous-régionale. Préserver sa stabilité, c'est assurer la continuité des investissements, la fluidité du financement des États et la crédibilité du modèle d'intégration financière de l'Union.
Le président du Conseil des ministres de l'UMOA, Dr Aboubacar Nacanabo, fait désormais face à un premier test crucial : rétablir sans délai la chaîne décisionnelle de l'AMF-UMOA, nommer une équipe dirigeante pleinement fonctionnelle et élaborer un plan clair pour la reprise rapide des activités.
La régulation financière n'est pas seulement une affaire de technique : elle incarne la confiance, la transparence et la prévisibilité, trois valeurs essentielles à tout marché intégré. L'UEMOA doit agir vite pour éviter que le silence institutionnel actuel ne se transforme en fragilité structurelle durable.
Restaurer l'AMF-UMOA, c'est défendre la crédibilité d'un modèle de gouvernance financière africaine souvent cité en exemple. Laisser perdurer le vide de gouvernance reviendrait à affaiblir l'un des fondements les plus solides de l'intégration économique ouest-africaine.