En pleine crise post-électorale, la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a nommé ce jeudi 13 novembre l'ancien ministre des Finances, Mwigulu Nchemba, au poste de Premier ministre. Cette décision intervient dans un climat tendu : le scrutin du 29 octobre est contesté par l'opposition, qui dénonce une fraude massive, et le pays fait face à de graves accusations de répression. Loin d'être un nouveau visage, Mwigulu Nchemba est un pilier du parti au pouvoir, le CCM.
Depuis plus de dix ans, il occupe des postes clés : ministre de l'Intérieur, de la Justice, puis des Finances. Un parcours qui fait de Mwigulu Nchemba un homme du système.
Mais son nom reste associé à plusieurs polémiques. À l'Intérieur, deux affaires marquent son passage : la tentative d'assassinat de l'opposant Tundu Lissu en 2017, et la mort par balle de l'étudiante Akwilina Akwiline, un an plus tard. Dans les deux cas, les enquêtes n'ont jamais abouti.
À la tête des Finances ensuite, il provoque un tollé en déclarant que « ceux qui n'aiment pas nos politiques n'ont qu'à aller au Burundi » : une phrase devenue le symbole de son style peu conciliant.
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« Sa nomination renvoie un message clair : rien ne va changer », estime le militant des droits humains Joseph Oleshangay. Pour lui, l'effet politique de cette décision reste limité : « Une partie des Tanzaniens ne reconnaît même pas Samia Suluhu Hassan comme présidente », dit-il.
D'autres y voient un signal envoyé aux bailleurs internationaux, pour afficher un profil technocrate dans un contexte de crise.
Mais Joseph Oleshangay relativise : « En Tanzanie, tout se joue à la présidence. Même si le Premier ministre venait du ciel, c'est la présidente qui aurait le dernier mot. »
