Sénégal: Une association veut faire du fonio 'une alternative alimentaire et économique'

Dakar — L'Association nationale pour la promotion du fonio (ANAFOS) ambitionne de positionner le fonio comme une alternative alimentaire, économique et sociale, compte tenu des avantages que présente cette céréale et de l'intérêt grandissant dont elle fait l'objet sur la scène internationale, a-t-on appris de son président.

"Notre objectif, c'est de communiquer sur le fonio dans le but de le positionner comme une alternative alimentaire, économique, sociale et nutritive", a dit Sanoussi Diakité, dans un entretien avec l'APS, en prélude à la Journée nationale du fonio, le 15 novembre.

L'édition de cette année sera commémorée à Sédhiou (sud), sur le thème "De la culture traditionnelle à la culture industrielle : quels sont les défis, les enjeux et les perspectives".

Selon son président, l'ANAFOS a "compris que le fonio est une chance pour l'Afrique, c'est une céréale cultivée qu'en Afrique pour le moment, qui peut positionner stratégiquement les pays producteurs sur le marché mondial", a-t-il soutenu.

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"Sur le plan alimentaire, il [le fonio] présente des avantages énormes que l'on se doit d'exploiter pour le bien de nos populations", sans compter que cette céréale n'étant cultivée pour le moment que sur le continent africain, "peut positionner stratégiquement les pays producteurs sur le marché mondial", a argumenté Sanoussi Diakité.

La commémoration de la Journée nationale du fonio s'inscrit dans une optique de promotion de cette céréale, a souligné M. Diakité, par ailleurs président de l'Association sénégalaise pour la promotion de l'invention et de l'innovation (ASPI).

"Compte tenu du fait que le fonio est pour le moment dans une position de production très faible, la journée est instituée pour davantage communiquer et amener l'opinion, les chercheurs, les décideurs à s'approprier de l'enjeu et de la portée de cette céréale pour notre pays", a-t-il expliqué.

La contrainte du décorticage avait fait régresser la production

Il estime que le regain d'intérêt pour cette céréale est dû en partie, "aux efforts de communication" menés dans le temps et qui commencent "à donner ses fruits".

"Etant donné que tout le monde n'a pas encore compris cela, la journée, c'est pour promouvoir une céréale d'origine africaine qui a un potentiel stratégique sur tous les plans", a relevé cet ingénieur en génie mécanique, inventeur d'une machine à décortiquer le fonio.

La disponibilité de cette machine a contribué à relancer la production du fonio, étant entendu que la contrainte du décorticage avait conduit à une régresser de la production, selon Sanoussi Diakité.

La contrainte du décorticage "avait été le goulot d'étranglement qui a fait régresser la production de fonio dans nos pays", a-t-il dit, ajoutant que cette céréale était même partie pour disparaître dans les années 1990.

"Dans les statistiques, il ne paraissait aucun chiffre sur le fonio, mais grâce à ce regain, nous sommes maintenant à environ 6 mille tonnes par an", s'est-il félicité.

Il reste que par rapport à la demande, "c'est vraiment une goutte d'eau", a-t-il souligné, en faisant observer que le contraste entre la demande et l'offre fait grimper les prix en général.

Il en résulte que "le fonio fait, de plus en plus, l'objet d'attention au niveau international et la demande est croissante", affirme Sanoussi Diakité.

Aussi demande-t-il aux autorités d'engager des programmes d'envergure pour le développement de la culture du fonio, considérant que cette voie est la plus rapide et la plus économique pour atteindre la souveraineté alimentaire.

"Il faut que les autorités du pays engagent résolument les programmes d'envergure sur le fonio, pour le sortir de la logique de production familiale traditionnelle à une consommation qui peut aller jusqu'à des quantités qu'on peut appeler industrielles", a-t-il dit.

La valorisation du fonio est "la voie la plus rapide et la plus économique pour réaliser la souveraineté alimentaire dans nos pays", a insisté Sanoussi Diakité.

Tout ce qui se fait avec le blé peut se faire avec le fonio

Les pays producteurs comme le Sénégal ont tout à gagner dans la culture du fonio, compte tenu des "très nombreux avantages" que présente cette céréale au "cycle court, [qui] ne demande pas, sur le plan agronomique, beaucoup d'eau et peut pousser sur des sols pauvres".

"En deux mois et demi, il arrive à maturité", sans compter qu'il est même possible de faire, avec cette céréale, deux récoltes en un hivernage, entre mai et juillet d'abord, puis deux mois plus tard avec une autre semence, a-t-il indiqué.

Sur le plan nutritionnel, le fonio est considéré comme "une alimentation adaptée" à la consommation des diabétiques, ne favorisant pas de stock de graisse grâce à sa richesse en fibres, a relevé M. Diakité.

Il s'y ajoute que le marché mondial est ouvert pour les pays producteurs qui "peuvent créer énormément d'emplois" avec la production, la transformation, la commercialisation et même la consommation de cette céréale.

Selon M. Diakité, il est même possible de fabriquer du pain avec uniquement du fonio, doté d'une "capacité d'incorporation" que les autres céréales n'ont pas.

Il a cité des résultats de recherche de l'Institut de technologie alimentaire selon lesquels le mil a une capacité d'incorporation de 10%, contre 40% d'incorporation pour le fonio.

"Il n'y a aucune différence du point de vue de la texture et de la perception avec la farine de blé parce que le fonio est blanc quand il est décortiqué. Donc, il y a une acceptabilité potentielle plus importante sur le pain à base de fonio que sur le pain avec le mil", a-t-il ajouté, assurant que tout ce qu'il est possible de faire avec le blé peut se faire avec le fonio.

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